En Algérie, une affaire largement ignorée par les médias agite pourtant les réseaux sociaux depuis plusieurs semaines, au point de devenir un symbole pour de nombreux internautes : celui d’une justice perçue comme de plus en plus imprévisible, où le moindre geste peut être interprété comme un acte politique. Au centre de la polémique, un jeune Kabyle de 22 ans, Lyes Guernine, originaire d’Aït Mesbah (Tizi Ouzou), condamné, selon plusieurs sources relayées en ligne, à deux ans de prison ferme après avoir porté… le maillot de l’équipe nationale du Maroc.
Les faits, tels qu’ils sont rapportés, remontent au 2 janvier, lors d’un match entre la JSK et le MC Alger au stade Hocine Aït Ahmed. Dans un pays où il est courant d’arborer des maillots de sélections étrangères (Argentine, Brésil, Allemagne, Espagne…), l’idée qu’un seul maillot devienne “interdit” cristallise l’indignation : celui des Lions de l’Atlas. Ce qui choque, au-delà du football, c’est la lecture pénale donnée à un symbole sportif. D’après les publications qui circulent, le jeune homme aurait été poursuivi pour “atteinte à l’unité nationale” — une qualification lourde, jugée disproportionnée par ses soutiens.
Le journaliste Abdou Semmar affirme, dans une émission diffusée le 22 février sur YouTube, avoir recoupé l’information et écarte l’idée d’une “fake news” fabriquée à l’étranger. Il rappelle notamment que la première alerte aurait été lancée le 7 janvier par la militante Messaouda Cheballah, épouse de l’opposant Fathi Ghares, qui s’est indignée publiquement de ce qu’elle décrit comme une “politique du favoritisme” et une dérive répressive.
Le silence des proches, expliqué par la peur, nourrit encore davantage le malaise. Car si cette affaire est confirmée, elle dit quelque chose d’essentiel : lorsque l’expression la plus banale – un maillot, un symbole, une préférence sportive – devient suspecte, c’est toute la frontière entre civisme et délit qui vacille.
Au-delà de la polémique, cette affaire pose une question essentielle : celle du droit de chacun à soutenir librement l’équipe de son choix. Le football est une passion universelle qui dépasse les frontières politiques. Porter un maillot ou afficher une préférence sportive ne devrait jamais être perçu comme un acte hostile, mais comme l’expression légitime d’une liberté individuelle que rien ne devrait restreindre.


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