Près de deux décennies après ce qui reste à ce jour le plus grand braquage de liquidités jamais enregistré en temps de paix au Royaume-Uni, l’affaire dite du casse de la société Securitas continue de produire ses effets judiciaires… jusque dans les prisons marocaines. Au cœur de ce dossier tentaculaire : Lee Brahim Murray Lamrani, ancien combattant de MMA de nationalité maroco-britannique, considéré comme le cerveau de l’opération menée en février 2006 dans le Kent, et dont le butin s’élevait à plus de 53 millions de livres sterling, soit près de 660 millions de dirhams.
Ancienne figure montante des arts martiaux mixtes au Royaume-Uni, Lee Murray n’était pas un inconnu avant d’être associé à l’un des plus spectaculaires braquages de l’histoire britannique. Combattant ayant évolué dans des organisations internationales de MMA et passé notamment par l’UFC, il incarnait alors l’image d’un athlète promis à une carrière professionnelle solide. Son nom s’est toutefois retrouvé au cœur d’une enquête criminelle d’envergure après le casse du dépôt Securitas, une opération qui avait mobilisé plus d’une centaine d’enquêteurs et marqué durablement l’opinion publique au Royaume-Uni.
Après ce braquage spectaculaire, exécuté avec une précision quasi-militaire et impliquant l’enlèvement du directeur du dépôt ainsi que de sa famille, Murray avait rapidement pris la fuite vers le Maroc, profitant de sa double nationalité pour échapper à une extradition vers le Royaume-Uni. Arrêté à Rabat en juin 2006, il sera finalement jugé par la justice marocaine. En 2010, un tribunal du Royaume le condamne initialement à dix années de réclusion criminelle pour sa participation présumée au vol à main armée. Toutefois, après le rejet de son appel et à la suite d’une tentative d’évasion, sa peine sera portée à 25 ans de prison ferme, qu’il purge actuellement dans un établissement pénitentiaire de haute sécurité.
Alors que plusieurs de ses complices ont été jugés et condamnés au Royaume-Uni, Rabat avait refusé son extradition, estimant que sa nationalité marocaine lui conférait le droit d’être jugé sur son sol. Cette situation a depuis été citée comme un cas d’école illustrant les limites de la coopération judiciaire internationale en matière de criminalité transnationale, Londres ayant été contraint d’accepter qu’un crime commis sur son territoire soit jugé par une juridiction étrangère.
Plus troublant encore, une part importante de l’argent dérobé n’a jamais été récupérée par les autorités britanniques. Près de vingt ans après les faits, plusieurs millions de livres sterling demeurent introuvables, alimentant les spéculations sur d’éventuelles caches financières et sur les circuits de blanchiment utilisés par le réseau.
Aujourd’hui encore détenu, Murray ne devrait pas être libéré avant 2035, sauf éventuelle réduction de peine. Le casse de Securitas reste ainsi l’un des dossiers les plus mystérieux du grand banditisme européen, à la croisée des systèmes judiciaires britannique et marocain.










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