Au sortir du dernier Festival national du film à Tanger, un malaise persiste. La nouvelle direction du CCM (Centre cinématographique marocain) a dressé l’inventaire des lacunes du secteur… sans annoncer de cap clair. Palmarès jugé prévisible, absence de débat structurant, et surtout manque de visibilité : le cinéma marocain donne l’impression d’avancer à vue tandis que les subventions continuent d’être distribuées, parfois à des projets qui n’aboutissent pas.
Le cœur du problème est connu : gouvernance et résultats. Des projets subventionnés n’ont jamais vu le jour ou n’ont pas franchi l’étape de l’exploitation, alimentant le procès en dilapidation de fonds publics et la défiance des talents émergents. Pendant ce temps, une jeune génération de scénaristes, réalisateurs, techniciens peine à franchir le seuil du professionnalisme, faute de guichet lisible, d’accompagnement au développement, et d’un écosystème de distribution capable d’emmener les films jusqu’au public au-delà des avant-premières.
Des solutions existent pourtant, éprouvées ailleurs et adaptables au contexte national :
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Réformer le fonds de soutien : paiement par jalons, obligation de livrables (scénario, casting, calendrier), contrat d’achèvement (completion bond) et clause de remboursement si le film n’entre pas en production.
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Transparence : portail public listant projets aidés, montants, étapes atteintes, sorties en salles/plateformes, recettes et entrées.
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Greenlighting & développement : créer un Fonds Développement (script labs, résidences, réécriture) et un comité artistique indépendant à mandats limités, avec critères publiés.
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Public & marchés: plan écran/école, circuits de ciné-clubs, prime à l’export festivalier, et transformer Tanger en marché professionnel (coproduction, ventes).
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Incitations : élargir le cash rebate aux coproductions majoritairement marocaines, quotas de diffusion locale, accords avec plateformes et TV pour des préachats conditionnés.
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Formation & régions : pôles techniques hors Casablanca/Rabat, stages obligatoires, passerelles écoles-plateaux.
Le cinéma marocain n’a pas besoin de parades, mais d’un électrochoc : des règles claires, des comptes à rendre, et une vision qui replace les spectateurs au centre. La question n’est pas “qui” donnera du souffle, mais quand et avec quels engagements mesurables.











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