Dans un café de quartier, le soir d’un match, un homme regarde l’écran sans crispation. Il suit le jeu, mais son corps ne se prépare plus à la chute. « Avant, je me tendais toujours », dit-il. « Maintenant, je regarde. » Ce qu’il décrit n’est pas seulement sportif. C’est une modification intime : la fin d’une attente anxieuse permanente.
Le football marocain a changé. Pas seulement par ses résultats, mais par le climat dans lequel ils naissent. Pendant longtemps, notre football ressemblait à beaucoup de nos institutions : riche en talents, pauvre en continuité, gouverné par l’urgence et la peur de l’échec. Dans ces conditions, on peut gagner parfois, mais on ne respire jamais.
Ce qui s’est construit ces dernières années dépasse les stades. Un cadre s’est installé : des trajectoires lisibles, des responsabilités claires, une relative stabilité. En psychiatrie, on appelle cela un environnement contenant. Un espace où l’erreur n’entraîne pas l’effondrement, où l’on peut perdre sans être disqualifié comme personne.
Quand un joueur sait que son avenir ne dépend pas d’un seul match, son cerveau ne joue plus en mode survie. La peur recule, la pensée revient, le risque devient possible. C’est dans ces conditions que naissent la créativité, la justesse, le courage. Le football marocain est devenu, sans le dire, un système à faible menace et forte sécurité psychique.
Ce déplacement n’est pas un détail. Il révèle ce dont souffre une grande partie de la société marocaine : non pas d’un manque de volonté, mais d’un excès de pression sans protection. Dans l’école, le travail, la santé, beaucoup vivent sous une injonction constante à « tenir », sans cadre stable pour les soutenir. Cela fabrique de l’épuisement, de la méfiance, du repli.
Le football a montré autre chose : un collectif devient plus performant quand il est psychiquement sécurisé. Que la discipline ne suffit pas sans confiance. Que la continuité soigne.
Peut-être est-ce là sa leçon la plus précieuse : un pays respire mieux quand ses institutions cessent de mettre ses citoyens en apnée.
Aux Lions de l’Atlas
Ce soir, vous ne jouez pas seulement une demi-finale. Vous incarnez quelque chose de rare : un Maroc qui ose sans se crisper, qui attaque sans se protéger en permanence, qui avance sans trembler.
Jouez comme vous êtes devenus : confiants, libres, ensemble.
Le reste appartient au jeu.
Par Dr Wadih Rhondali – Psychiatre



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