La déclaration n’est pas passée inaperçue. En affirmant que « la sécheresse est à oublier », le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a voulu marquer un tournant après plusieurs années de stress hydrique sévère. Une formule forte, presque libératrice, à l’heure où les dernières pluies ont redonné de l’espoir à un pays éprouvé par une rareté de l’eau devenue structurelle. Mais cet optimisme affiché est-il réellement fondé ou relève-t-il davantage d’une communication politique destinée à dédramatiser une situation encore fragile ?
Certes, les précipitations récentes ont eu un effet bénéfique indéniable sur les barrages, les nappes phréatiques et les terres agricoles. Elles ont permis de soulager temporairement les tensions sur l’approvisionnement en eau potable et de redonner un souffle à une agriculture asphyxiée. Pour autant, de nombreux spécialistes appellent à la prudence. Selon eux, parler de la fin de la sécheresse et d’un retour à un cycle hydrique normal apparaît prématuré. Les années de déficit pluviométrique ont laissé des séquelles profondes, et une seule ou deux saisons pluvieuses ne suffisent pas à effacer une tendance lourde installée sur le long terme.
Les experts rappellent qu’un véritable changement de cycle hydrologique ne peut être confirmé qu’après plusieurs années consécutives de pluviométrie satisfaisante et régulière. Dans un contexte marqué par le dérèglement climatique, l’irrégularité des pluies devient la norme plutôt que l’exception, rendant toute projection hasardeuse. La vigilance reste donc de mise, notamment en matière de gestion des ressources, de rationalisation de l’usage de l’eau et de poursuite des investissements structurels engagés ces dernières années.
La sortie du ministre intervient également dans un contexte politique particulier. À moins de deux ans des élections législatives de septembre 2026, la tentation est grande pour les responsables publics d’endosser le rôle de porteurs de bonnes nouvelles. L’eau, enjeu vital dans un pays à forte vocation agricole, constitue un levier politique majeur. Afficher un message rassurant peut ainsi répondre à une logique de communication, voire de positionnement partisan, au-delà de la stricte lecture scientifique de la situation hydrique.
S’il est légitime de saluer les bienfaits des pluies récentes et d’en mesurer l’impact positif, il serait hasardeux d’enterrer trop vite le spectre de la sécheresse. Le Maroc reste exposé à des cycles climatiques imprévisibles, et seule l’observation des prochaines années permettra de dire si le pays est réellement entré dans une nouvelle phase durable. D’ici là, prudence et anticipation demeurent les maîtres-mots.
Par Salma Semmar










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