L’élimination prématurée — et, aux yeux de nombreux observateurs, méritée — de l’équipe nationale algérienne de football a déclenché, depuis le week-end dernier, une vague d’accusations agressives visant le Maroc. Au lieu d’un débat sportif sur les choix tactiques, les limites du collectif ou les responsabilités internes, une partie des discours médiatiques et numériques a préféré chercher un bouc émissaire extérieur, en ressuscitant un réflexe désormais familier : faire croire que tous les maux de l’Algérie viendraient du voisin marocain.
Le phénomène frappe par sa synchronisation. Médias et réseaux sociaux semblent avoir « passé le mot », alimentant une bronca anti-marocaine où l’outrance tient lieu d’argument. Quelques rares voix discordantes, en Algérie même, tentent pourtant de rappeler une évidence : le procès intenté au Maroc est injuste et inacceptable, au regard de l’accueil jugé exemplaire réservé à la délégation algérienne durant son séjour. Mais ces voix restent marginales, noyées dans un bruit de fond où l’émotion devient carburant politique.
Côté marocain, la réaction, pour l’instant, se distingue par une retenue assez remarquable. Les médias et les réseaux sociaux se contentent globalement de relayer les contenus de cette offensive, sans s’engager dans une escalade symétrique, sans reprendre les mêmes registres injurieux, ni se transformer en « pleureuses » d’un match perdu par d’autres. Et cela, sans qu’aucune consigne officielle ne soit venue dicter une conduite à tenir : la retenue semble plutôt relever d’un choix collectif, instinctif, presque pragmatique.
Reste une inquiétude : ce déchaînement, de l’autre côté de la frontière, pourrait empoisonner davantage des relations déjà fragilisées, en consolidant au sein de l’opinion un sentiment anti-marocain aussi détestable qu’inutile. Car la mécanique est connue : on chauffe les esprits, on fabrique un récit de victimisation, on désigne un ennemi commode, puis on s’étonne que les passerelles se brisent et que la méfiance s’installe durablement.
Le Maroc se retrouve ainsi mal récompensé pour avoir, selon de multiples témoignages, tout mis en œuvre afin que le séjour de la délégation algérienne se déroule dans les meilleures conditions. Faut-il en arriver à regretter d’avoir fait preuve de professionnalisme et d’hospitalité ? La question mérite d’être posée, mais la réponse la plus stratégique, aujourd’hui, semble être ailleurs : ne pas tomber dans le piège.
Car répondre à la calomnie par la calomnie, c’est accepter le terrain de l’autre. Et c’est offrir à ceux qui prospèrent sur la tension le spectacle qu’ils attendent : une surenchère, des réactions épidermiques, une fracture davantage creusée. À l’inverse, le silence intelligent — ou la réponse factuelle, sobre, documentée — reste souvent la meilleure riposte. Dans ce match-là, le Maroc a tout à gagner à rester au-dessus de la mêlée.
Par Salma Semmar










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