Le ministre de la Culture a révélé, devant la deuxième Chambre du Parlement, en réponse à une question orale, que le secteur des tournages de films au Maroc avait généré un chiffre d’affaires de 1,5 milliard de dirhams en 2025, contre 500 millions de dirhams avant 2021. Une progression indéniable, certes, mais dont les caisses de l’État ne semblent que très marginalement bénéficier.
Ce marché, moyennement profitable en devises pour le Centre cinématographique marocain (CCM) — chargé de délivrer les autorisations de tournage et de vérifier, en amont, les contenus des films — n’apparaît pas réellement avantageux pour le Trésor public ni pour les régions concernées. Certaines, comme Ouarzazate, n’ont que très peu profité des nombreux tournages qu’elles accueillent pourtant tout au long de l’année, se contentant de retombées dérisoires et d’une promotion supposée dont l’impact reste difficile à mesurer, au vu des faillites successives qui frappent le secteur hôtelier local.
Depuis des dizaines d’années, le cadre réglementaire et budgétaire n’a connu ni évolution notable ni réforme structurelle. Les taxes perçues sur les tournages demeurent inchangées, alors même que des milliards de dirhams sont dépensés en devises étrangères. Les retombées locales se limitent essentiellement à la création d’emplois précaires, souvent cantonnés à des postes d’assistants techniques ou de figurants.
Or, l’exploitation de paysages naturels a un coût, et l’État se doit de légiférer en la matière afin de mettre fin à l’anarchie qui règne dans ce secteur. Les sociétés de production associées aux tournages en tant que producteurs délégués pour la partie filmée au Maroc figurent parmi les principales bénéficiaires de cette manne financière, engrangeant des devises sonnantes et trébuchantes. Le recours quasi exclusif au paiement en espèces, sans traçabilité, sans justificatifs et sans réel contrôle fiscal, pose un sérieux problème de transparence.
L’hémorragie est manifeste et n’a plus besoin d’être démontrée. Ce secteur, livré à l’informel par laxisme ou passivité, profite avant tout à des sociétés étrangères dont l’apport culturel reste inexistant, tant dans les salles de cinéma marocaines que dans la formation des jeunes talents, les stages étant généralement interdits aux jeunes Marocains sur les plateaux de tournage.
Cet écosystème perdure depuis des décennies au profit d’une poignée d’acteurs qui en ont tiré fortunes et avantages, sans contribution significative au développement d’une véritable industrie et d’une production cinématographiques marocaines aujourd’hui en grande difficulté.
Par Jalil Nouri



Contactez Nous