Les Marocains savourent la pluie, mais boudent le froid. Après des années de sécheresse qui avaient installé une forme d’habitude – celle d’un ciel avare et de sols assoiffés – l’hiver s’est invité avec une autre réalité : des températures basses, une pluviométrie enfin au rendez-vous, et même des paysages blanchis par la neige dans plusieurs régions.
Ce retour de l’eau, longtemps espéré, est accueilli comme une bénédiction. Les barrages respirent, les terres reprennent des couleurs, et l’espoir d’une amélioration de la situation hydrique s’installe. Mais cette joie n’efface pas un sentiment largement partagé : le froid est devenu l’autre visage, moins populaire, de cet hiver “réparateur”.
Peu habitués à des vagues de froid prolongées, et souvent moins équipés en vêtements réellement adaptés – comparativement aux habitants des pays du Nord – de nombreux Marocains multiplient les plaintes. Le contraste est frappant : on s’émerveille devant les montagnes habillées de blanc, mais on grimace dès qu’il faut affronter l’air glacial au quotidien.
À ce malaise s’ajoute un facteur psychologique. L’obscurité plus lourde, ressentie tôt le soir et tard le matin, combinée au froid persistant y compris dans des zones généralement plus clémentes, pèse sur le moral. Sur les réseaux sociaux comme dans les conversations de rue, certains décrivent un “froid sibérien”, parlent de fatigue, de baisse d’énergie, voire d’un début de déprime saisonnière.
Et une inquiétude se glisse déjà dans l’agenda : le Ramadan, attendu autour du 20 février. Beaucoup redoutent un jeûne accompagné de matinées très froides et de soirées tout aussi mordantes, d’autant que les prévisions laissent entendre que le froid pourrait se prolonger.
Reste alors une forme de sagesse pragmatique : prendre ce froid en patience, mieux s’y préparer, et retenir l’essentiel. Car si l’hiver serre les dents, il apporte aussi un bénéfice rare ces dernières années : le retour de l’eau et, avec lui, une promesse de normalité hydrique.
Par Salma Semmar










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