Dans une communication officielle au contenu lacunaire et dépourvue de toute transparence, le ministère algérien de la Défense a annoncé la mort de trois ressortissants marocains, présentés comme impliqués dans des activités de contrebande, à l’issue d’une opération menée dans la région de Ghenama, dans la wilaya de Béchar, à proximité de la frontière marocaine.
Selon le communiqué publié jeudi, des détachements conjoints de l’armée algérienne, des gardes-frontières et des services des douanes auraient procédé à une intervention qualifiée d’« embuscade », au cours de laquelle trois individus de nationalité marocaine auraient été abattus, tandis qu’un quatrième aurait été interpellé. Les personnes décédées sont identifiées comme Adda Abdellah, Azza Mohamed et Sarfaka Kandoussi, alors que Azza Mimoun aurait été placé en détention. Aucune précision n’est toutefois apportée sur le déroulement exact de l’opération, ni sur le cadre légal dans lequel l’usage de la force létale aurait été autorisé.
Le communiqué officiel, rédigé dans un vocabulaire sécuritaire convenu, tente de justifier l’intervention en avançant que les victimes auraient profité de conditions météorologiques défavorables pour mener leurs activités. Un argumentaire qui peine à convaincre et qui soulève de nombreuses interrogations, d’autant plus que la version algérienne ne fait état ni d’un affrontement avéré ni d’une menace immédiate justifiant la mort de trois personnes, alors que l’arrestation et l’enquête constituent, en principe, la norme dans un État de droit.
Les autorités algériennes affirment par ailleurs avoir saisi 74 kilogrammes de cannabis traité, un fusil de chasse, des jumelles et plusieurs téléphones portables. Là encore, aucun élément matériel, photo ou document officiel, n’a été rendu public pour étayer ces affirmations, renforçant les doutes sur la véracité et la proportionnalité de l’opération décrite.
Plus préoccupant encore, le communiqué demeure totalement silencieux sur le sort judiciaire de la personne arrêtée, tout comme sur l’éventuelle ouverture d’une enquête indépendante visant à établir les responsabilités dans la mort des trois ressortissants marocains. Ce mutisme institutionnel s’inscrit dans une approche unilatérale qui interroge sur le respect des normes internationales en matière de droits humains et de traitement des civils, en particulier lorsqu’il s’agit de citoyens marocains.
Cet épisode n’est pas sans rappeler un précédent tragique survenu il y a plus d’un an, lorsque des vacanciers marocains avaient trouvé la mort après des tirs alors qu’ils circulaient en jet-ski, dans une zone maritime frontalière. Là aussi, les circonstances exactes de l’incident n’avaient jamais été pleinement éclaircies, et les versions officielles algériennes avaient laissé place à de profondes incompréhensions et à une vive émotion au Maroc. La répétition de tels drames, sans enquêtes transparentes ni reddition de comptes, alimente un sentiment d’impunité préoccupant.
Dans un contexte de tensions chroniques entre Alger et Rabat, les autorités algériennes semblent continuer à instrumentaliser la question des frontières et de la contrebande pour justifier des pratiques sécuritaires excessives, en l’absence de mécanismes crédibles de contrôle et de responsabilité.
L’opacité persistante entourant ces affaires ne fait qu’accentuer les interrogations légitimes sur l’usage de la force létale et sur le respect des principes fondamentaux du droit international humanitaire. À défaut de clarification indépendante et documentée, ces incidents risquent de rester des zones d’ombre lourdes de conséquences sur le plan humain, juridique et diplomatique.


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