Les tirs mortels survenus le mercredi 28 janvier 2026 près de la région de Béchar, à proximité de la frontière algéro-marocaine, ravivent une fois de plus les tensions entre Rabat et Alger, dans un contexte déjà chargé.
Dans un communiqué officiel, le ministère algérien de la Défense nationale affirme que des détachements conjoints de l’armée, des gardes-frontières et des douanes ont « éliminé » trois “narcotrafiquants armés” de nationalité marocaine et procédé à l’arrestation d’un quatrième. Les autorités algériennes évoquent la saisie de 74 kg de cannabis, d’un fusil de chasse, de jumelles et de téléphones.
Côté marocain, plusieurs voix contestent cette version. Des médias et des internautes affirment qu’il s’agirait de simples agriculteurs se trouvant près de la zone frontalière, et non de trafiquants, réclamant des clarifications, des preuves et, surtout, une enquête indépendante sur les circonstances exactes des tirs. À ce stade, aucune expertise publique et contradictoire n’a permis d’établir de manière incontestable la nature de l’activité des victimes, ce qui alimente les accusations croisées et la défiance.
Cet épisode réactive inévitablement le souvenir du drame de Saïdia, survenu fin août 2023, lorsque deux vacanciers franco-marocains avaient été abattus par des tirs de garde-côtes algériens après s’être égarés accidentellement en mer à bord de jets-skis de loisir. Ces jeunes hommes, venus simplement profiter de l’été et de la mer, étaient des civils innocents, sans la moindre intention illégale ni comportement hostile. Leur présence dans la zone maritime relevait d’une erreur de navigation, fréquente dans une région connue pour ses courants et l’absence de signalisation claire. La riposte armée, largement jugée disproportionnée, avait provoqué une vive émotion au Maroc et une forte résonance médiatique internationale. Beaucoup avaient alors dénoncé un usage excessif de la force contre des personnes sans défense, en violation de l’esprit du droit maritime, qui privilégie l’assistance et l’interpellation à la violence létale.
Sur les réseaux sociaux, certains commentateurs avancent déjà l’hypothèse d’un geste de « représailles » lié aux tensions récentes autour de la CAN 2025 au Maroc et à l’interpellation de supporteurs Algériens impliqués dans des troubles. Mais à ce stade, aucun élément vérifié ne permet d’établir un lien direct entre ces arrestations et les tirs survenus à Béchar.
Au-delà de la guerre des récits, une réalité s’impose : des vies ont été perdues et la frontière, déjà fermée et hautement militarisée, demeure un espace où le moindre incident peut se transformer en crise politique. Dans l’intérêt des familles et de la stabilité régionale, la transparence sur les faits, l’accès à des éléments probants et le respect strict du droit à la vie restent les seules voies capables d’éviter que ces drames ne se répètent.
Par Salma Semmar
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