Le Maroc dit adieu à Safia Ziani. La comédienne s’est éteinte samedi à Centre hospitalier Moulay Youssef, à l’âge de 91 ans, après de longues années de lutte contre la maladie, laissant derrière elle l’empreinte rare des pionniers : celle qui ouvre la voie, souvent sans bruit, mais pour longtemps.
Née à Fès en 1935, elle appartient à cette première génération d’artistes qui a accompagné l’émergence d’un art dramatique national encore fragile, à une époque où les moyens manquaient mais où la passion compensait tout. Formée au théâtre, passée par l’École nationale de théâtre au début des années 1960, elle a grandi dans une école de rigueur et d’exigence, au contact de figures marquantes de la scène.
Sur les planches comme devant la caméra, Safia Ziani s’est imposée par un jeu sobre, profondément humain, et une présence qui n’avait pas besoin d’effets pour toucher. À l’écran, elle a traversé des œuvres devenues des repères : Lalla Chafia (1982), Bamou (1983), La plage des enfants perdus (1991), La nuit sacrée (1993), Mémoire en détention (2004) ou encore Les nuits de l’enfer (2016).
Elle a également collaboré avec des cinéastes comme Jilali Ferhati, Driss Mrini, Nicolas Klotz et Hamid Bennani, portant sa sensibilité jusque dans des productions au-delà des frontières.
Mais la fin de parcours dit aussi quelque chose de la condition de l’artiste : malgré une carrière qui a servi de socle à des générations entières, ses dernières années ont été marquées par l’éloignement, l’absence de projecteurs et, selon plusieurs récits, des difficultés sociales qui contrastent avec la grandeur de son héritage.
Cette réalité, sans rien enlever à l’admiration, rend l’hommage plus nécessaire encore : Safia Ziani n’était pas seulement une actrice, elle fut un pilier discret d’une mémoire collective—de celles qu’un pays ne devrait jamais laisser s’effacer dans le silence.
Aujourd’hui, les hommages se multiplient, rappelant ce que sa trajectoire a incarné : la naissance d’un théâtre, l’affirmation d’un cinéma, et l’obstination d’une vocation au service de l’art. À travers elle, c’est tout un chapitre de la culture marocaine qui se referme—mais dont la leçon demeure : le talent vrai ne vieillit pas, il s’inscrit.










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