La 39ᵉ Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine, tenue les 14 et 15 février à Addis-Abeba, aura servi de vitrine politique au Maroc : le Royaume y a réaffirmé sa volonté de peser dans l’action africaine commune, en mettant en avant une ligne directrice présentée comme constante depuis le retour à l’UA : lier paix, sécurité et développement.
Le signal le plus parlant de cette séquence reste l’élection du Maroc — « dès le premier tour » et « pour la troisième fois » selon les sources relayées — au Conseil paix et sécurité (CPS) de l’Union africaine. Une reconduction qui, dans le discours officiel, consacre l’approche prônée par Rabat : privilégier le règlement pacifique des différends, le respect du droit international et une méthode « rationnelle » de prévention et de gestion des crises.
Mais au-delà des formules diplomatiques, la question centrale est ailleurs : que peut réellement changer un siège au CPS, dans une Afrique traversée par des foyers d’instabilité persistants et par une fragmentation croissante des influences ? Rabat met en avant l’expérience acquise lors de ses précédents mandats (2018-2020 notamment) et sa capacité à remettre la trilogie « paix-sécurité-développement » au cœur de l’agenda. Reste à savoir si cette grille de lecture peut se traduire en décisions opérationnelles, dans une institution où les équilibres politiques et régionaux pèsent souvent plus lourd que les intentions.
L’eau et l’assainissement : thème 2026, test grandeur nature
Autre temps fort : la contribution marocaine au thème de l’UA pour 2026, axé sur la disponibilité de l’eau et des systèmes d’assainissement durables en lien avec l’Agenda 2063. Le Maroc dit avoir soutenu une feuille de route intégrant notamment l’agriculture et la résilience climatique, et a porté un événement parallèle sur la coopération Sud-Sud pour des solutions « innovantes ».
Là encore, les annonces soulèvent des interrogations très concrètes :
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Ce leadership thématique débouchera-t-il sur des financements, des transferts de technologies et des projets mesurables, ou restera-t-il cantonné au registre des déclarations ?
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L’Afrique peut-elle accélérer sur l’eau et l’assainissement sans aligner décisions politiques, budgets et partenariats, comme le souligne Rabat sur d’autres dossiers ?
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Et surtout, qui rendra compte des progrès : des États, de la Commission de l’UA, des bailleurs… ou personne ?
Le Maroc a par ailleurs proposé d’accueillir en 2026 une conférence de haut niveau sur la coopération Sud-Sud dans l’eau et l’assainissement, en amont de la Conférence des Nations unies sur l’eau annoncée à Abou Dhabi en décembre. Là aussi, l’enjeu sera la crédibilité : une conférence de plus, ou un rendez-vous qui accouche d’engagements chiffrés et suivis ?
Migration, souveraineté sanitaire : des chantiers où la cohérence est attendue
Sur la migration, Rabat rappelle le rôle du Roi Mohammed VI en tant que « leader » de l’UA sur ce sujet et défend une approche où la migration devient levier économique, avec une dimension humaine et préventive. Sur la santé, le Maroc s’est positionné en soutien à l’activation de l’Agence africaine des médicaments et plaide pour des systèmes sanitaires africains « forts, indépendants et résilients ».
La question, ici, est celle de la cohérence continentale : comment parler de souveraineté sanitaire sans industrie pharmaceutique renforcée, sans régulation efficace, et sans capacité de production et de distribution ? Comment transformer une vision politique en instruments techniques réellement utilisables par les États ?
Au final, cette 39ᵉ Conférence de l’UA confirme une chose : le Maroc veut être dans le cercle où se décident les priorités africaines — paix et sécurité, eau, migration, santé. Le siège au CPS, les initiatives sur l’eau et la coopération Sud-Sud, les positions sur la santé et la migration constituent autant de jalons. Mais le vrai verdict viendra après les sommets : dans l’exécution, les résultats mesurables et la capacité à transformer l’influence diplomatique en bénéfices tangibles pour les citoyens africains.











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