Au Maghreb, la rivalité stratégique entre le Maroc et l’Algérie semble entrer dans une nouvelle phase, marquée par une montée en gamme technologique et une diversification assumée des partenariats militaires. Loin des démonstrations symboliques, les deux capitales misent désormais sur des capacités concrètes, pensées pour la résilience opérationnelle et la maîtrise de l’environnement de combat moderne.
Côté marocain, l’intégration récente des véhicules de récupération tactique TREVA-30, conçus par l’industriel tchèque Excalibur Army, traduit une évolution notable dans la doctrine d’équipement des Forces armées royales. Selon des informations relayées par la presse espagnole, ce choix s’inscrit dans une stratégie plus large visant à élargir les sources d’approvisionnement, au-delà du partenariat historique avec les États-Unis. En renforçant ses capacités de soutien logistique et de maintenance sur le terrain, Rabat cherche moins à multiplier les plateformes qu’à garantir la disponibilité de celles déjà en service, dans une logique de durabilité de la manœuvre.
À Alger, la réponse s’articule autour d’une autre priorité : le contrôle du spectre électromagnétique. Des analystes spécialisés en renseignement de sources ouvertes (OSINT) évoquent le déploiement d’un système chinois de guerre électronique CHL-906 à proximité immédiate de la frontière marocaine. Conçu pour détecter, perturber et potentiellement neutraliser les radars, ce dispositif viserait à limiter l’efficacité des drones et des systèmes guidés dans des zones jugées sensibles. Autrement dit, une stratégie de déni d’accès qui privilégie l’aveuglement technologique de l’adversaire plutôt que l’affrontement direct.
Parallèlement, l’introduction du chasseur furtif russe Su-57 au sein de l’arsenal aérien algérien confirme le maintien d’un lien structurel entre Alger et Moscou, malgré les mises en garde répétées de Washington au titre de la loi CAATSA, qui prévoit des sanctions contre les États s’engageant dans des transactions majeures avec le secteur de défense russe. Ce choix, à la fois militaire et politique, illustre la volonté de l’Algérie de préserver une autonomie stratégique face aux équilibres internationaux.
Depuis la fermeture de la frontière terrestre en 1994, cette dynamique d’action-réaction n’a cessé de s’intensifier. Chaque acquisition, chaque déploiement, chaque exercice militaire est désormais interprété comme un signal adressé à l’autre camp. L’équilibre régional ne repose plus uniquement sur le volume des forces, mais sur leur capacité à intégrer des technologies de pointe, à anticiper les menaces et à opérer dans des environnements contestés.
Analyse :
Au-delà de la simple accumulation d’équipements, ce qui se joue aujourd’hui entre Rabat et Alger relève d’une transformation doctrinale. Le Maroc semble privilégier la flexibilité logistique et l’interopérabilité avec des partenaires multiples, notamment européens, dans la perspective d’un environnement opérationnel hybride où la maintenance et la rapidité de déploiement deviennent décisives. L’Algérie, pour sa part, s’oriente vers une stratégie de neutralisation technologique, en investissant dans des capacités capables de perturber les communications, les capteurs et les systèmes guidés adverses.
Ce basculement vers des moyens de guerre électronique et des plateformes furtives traduit une militarisation croissante de la dissuasion, où la supériorité ne se mesure plus uniquement en effectifs ou en blindés, mais en capacité à contrôler l’information et l’espace numérique du champ de bataille. Dans un contexte régional déjà fragile, cette sophistication des arsenaux pourrait redéfinir les paramètres de stabilité, en rendant toute escalade potentielle plus rapide… et plus difficile à contenir.
Dans cette recomposition stratégique, le Maroc semble avancer avec un avantage structurel fondé sur la diversification de ses partenariats, la modernisation progressive de ses capacités et une intégration croissante aux standards opérationnels occidentaux. En misant à la fois sur l’interopérabilité, la maintenance de ses équipements et l’élargissement de sa base industrielle de défense, Rabat privilégie une approche globale de la sécurité, moins dépendante de fournisseurs uniques et davantage alignée sur les exigences des conflits contemporains. Cette orientation, conjuguée à un ancrage diplomatique solide auprès de ses alliés euro-atlantiques, confère au Royaume une marge de manœuvre stratégique qui dépasse le seul cadre militaire pour s’inscrire dans une dynamique de stabilité, d’adaptation technologique et d’influence régionale.


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