Une phrase peut parfois déclencher une tempête politique. Les propos attribués au ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, ont provoqué ces derniers jours une vive polémique, notamment au sein de la diaspora marocaine. En déclarant, lors d’une rencontre avec des anciens élèves d’écoles d’ingénieurs, que le retour au Maroc ne devait pas être considéré comme un « cadeau », le ministre a suscité une vague de réactions, amplifiée par une formule jugée particulièrement blessante : « Reste là-bas ».
Pour de nombreux Marocains résidant à l’étranger, cette phrase a été perçue comme une remise en cause de leur attachement au pays. Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes ont dénoncé un ton jugé abrupt et méprisant, rappelant que les Marocains du monde ne se résument pas à leurs transferts financiers, aussi importants soient-ils.
Car les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, les transferts des Marocains résidant à l’étranger ont atteint plus de 122 milliards de dirhams, constituant un pilier essentiel de l’équilibre économique du Royaume. Mais au-delà de cette contribution financière, la diaspora représente également un capital humain considérable, fait d’ingénieurs, de chercheurs, d’entrepreneurs et d’experts présents dans les grandes institutions internationales.
La réaction la plus structurée est venue du Dr Redouane Kadiri, président de la Fédération des compétences marocaines résidant à l’étranger. Dans une tribune très critique, il estime que ces déclarations ne relèvent pas d’un simple dérapage verbal mais traduisent une vision politique réductrice de la place de la diaspora.
Selon lui, la phrase incriminée constitue une atteinte au principe même de la citoyenneté marocaine au-delà des frontières. Il rappelle que les Marocains du monde ne sont pas des invités occasionnels dans la vie nationale, mais des citoyens à part entière dont l’expertise et l’engagement participent au développement du pays.
Kadiri souligne également le décalage entre ces propos et les orientations stratégiques du Roi Mohammed VI, qui a toujours insisté sur le rôle central de la diaspora comme force vive de la nation.
Au-delà de la polémique, le temps n’est plus aux excuses de circonstance, mais à une révision profonde du regard porté sur la diaspora et cette affaire révèle une exigence fondamentale : la relation entre le Maroc et ses citoyens établis à l’étranger ne peut reposer ni sur l’improvisation ni sur des formules maladroites. Elle exige au contraire respect, reconnaissance et une véritable vision de partenariat.
Par Abdelrhni Bensaid











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