Le Maroc continue de faire face à une équation migratoire de plus en plus complexe, à la croisée des impératifs sécuritaires, humanitaires et juridiques. C’est ce qui ressort du rapport annuel 2024 du Conseil national des droits de l’Homme, qui dresse un constat préoccupant sur l’évolution de la situation des migrants, réfugiés et demandeurs d’asile dans le Royaume.
Selon ce rapport, le nombre de réfugiés et demandeurs d’asile enregistrés auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a atteint 17.791 personnes, issues de plus de 60 pays et réparties sur près de 80 points de présence à travers le territoire national. Les nationalités syrienne et guinéenne figurent parmi les plus représentées. Cette progression traduit une mutation des flux migratoires vers le Maroc, qui n’est plus seulement un pays de transit, mais devient aussi un espace d’installation durable pour de nombreux exilés.
Dans le même temps, les autorités ont démantelé 332 réseaux de traite des êtres humains en 2024, signe de l’ampleur d’un phénomène criminel alimenté par la précarité, les conflits armés, les dérèglements climatiques et les crises économiques. Le rapport souligne d’ailleurs que les réseaux de migration irrégulière recourent désormais aux réseaux sociaux et aux applications de messagerie pour attirer de nouveaux candidats, en particulier parmi les jeunes.
Sur le plan humanitaire, la pression reste intense. Pas moins de 18.645 migrants ont été secourus en mer durant l’année, alors que les routes atlantiques et méditerranéennes demeurent parmi les plus meurtrières au monde, avec plus de 2.800 morts ou disparus lors des tentatives de traversée vers l’Europe.
Le rapport pointe enfin des failles persistantes : absence d’un cadre légal national spécifique à l’asile, accès limité aux cartes de séjour, vulnérabilité accrue des femmes migrantes et obstacles administratifs touchant les enfants. Autant de défis qui rappellent l’urgence de bâtir une politique migratoire plus protectrice, cohérente et pleinement respectueuse des droits humains.


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