À 81 ans, libéré depuis quelques mois d’une prison algérienne où il avait été jeté sur la base d’accusations cousues de fil blanc, Boualem Sansal n’a visiblement aucune intention de tourner la page. Bien au contraire. L’écrivain franco-algérien, fraîchement élu à l’Académie française et désormais publié chez Grasset après une rupture fracassante avec Gallimard, a annoncé le 13 mars sur CNews sa décision de poursuivre le régime d’Alger devant les instances judiciaires internationales.
Devant la journaliste Laurence Ferrari, Sansal a été d’une clarté absolue : il a été victime d’une agression d’État, pas d’un simple malentendu diplomatique. Il veut pouvoir demander des comptes au gouvernement algérien pour ce qu’il considère comme une détention arbitraire d’un an, après une condamnation à 5 ans de prison prononcée le 16 novembre 2024 sous le prétexte grotesque d’«atteinte à l’unité nationale». Ses questions pour la justice internationale sont déjà prêtes : pourquoi l’ont-ils arrêté, et pourquoi lui ont-ils volé une année de sa vie?
Boualem Sansal : «Je vais me battre. J’ai été agressé par un gouvernement, un régime. Je veux un jour aller à la justice internationale et demander des comptes au gouvernement algérien» pic.twitter.com/rALZnYks9k
— CNEWS (@CNEWS) March 13, 2026
Ce qui rend la position de Sansal encore plus remarquable, c’est qu’il assume ouvertement son refus du scénario que les cercles diplomatiques lui avaient préparé. La grâce présidentielle d’Abdelmadjid Tebboune, obtenue à la suite d’une intervention du président allemand Frank-Walter Steinmeier, ne lui convient pas. Pour lui, bénéficier d’un pardon signifie rester officiellement condamné, notamment pour ses déclarations sur les frontières entre l’Algérie et le Maroc, ce qui est juridiquement et moralement inacceptable. Il a confié amèrement : on est venu le chercher et on l’a expulsé, sans lui laisser le choix d’une nouvelle procédure où il aurait pu se défendre avec ses avocats.
Sa rupture avec Gallimard, éditeur historique qui avait œuvré dans l’ombre pour obtenir sa libération, illustre toute l’étendue de cette détermination. Sansal a expliqué qu’il ne pouvait pas rester l’otage de ceux qui l’avaient aidé, aussi reconnaissant soit-il, et qu’il entendait désormais mener son combat en homme libre. Une posture qui tranche avec les injonctions au silence que lui dictaient, selon ses propres mots, les «considérations géostratégiques» brandies par ceux qui auraient préféré qu’il se taise au nom de la stabilité des relations franco-algériennes.











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