L’intelligence artificielle, présentée comme un formidable levier de modernisation, pourrait aussi devenir l’une des plus grandes menaces sociales pour le Maroc. À l’horizon 2030, plus d’un million de personnes pourraient se retrouver au chômage en raison de la généralisation de l’IA dans plusieurs secteurs d’activité.
Cette perspective est d’autant plus inquiétante que les premières victimes seraient principalement les jeunes, déjà fortement touchés par le chômage. Dans un pays où le taux de chômage avoisine les 13 %, un tel choc pourrait provoquer une situation sociale particulièrement préoccupante.
Les secteurs les plus exposés sont nombreux : centres d’appels, banques, assurances, comptabilité, services administratifs, communication, médias, traduction, traitement de données ou encore certaines fonctions industrielles répétitives. Autant de métiers qui emploient aujourd’hui des milliers de jeunes Marocains et qui pourraient être profondément transformés, voire remplacés, par des outils automatisés.
Le paradoxe est cruel : pendant que de nombreux jeunes se forment encore dans des filières administratives, comptables ou de support client, ces mêmes métiers risquent d’être parmi les plus fragilisés par l’IA. Ce décalage entre la formation et les besoins futurs du marché du travail pourrait aggraver le sentiment d’impasse chez une génération déjà sous pression.
Face à cette menace, le gouvernement semble encore chercher par quel bout prendre ce dossier sensible. Le ministère de la Transition numérique, également chargé de la modernisation de l’administration, se trouve en première ligne. Car la vague ne concernera pas seulement le privé : l’administration publique pourrait elle aussi être touchée par l’automatisation.
Le défi est donc immense : anticiper, former, reconvertir et créer de nouveaux métiers avant que la technologie ne creuse davantage les fractures sociales.
Le véritable danger n’est pas l’intelligence artificielle elle-même, mais l’absence de préparation face à une révolution technologique qui avance beaucoup plus vite que les politiques publiques.
Par Salma Semmar












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