Les populations concentrées dans les anciens quartiers de Casablanca pleurent aujourd’hui la disparition de pans entiers de leur histoire, ensevelis sous les décombres et les pelleteuses, sous haute surveillance des forces de sécurité. Avec ces démolitions disparaissent également des souvenirs, des commerces et des métiers transmis de génération en génération.
La très animée rue commerciale de Moha Ou Saïd, ainsi que les habitations qui l’entouraient, ont été réduites en poussière, à l’image du sort réservé au Grand Marché de Bab Marrakech. Le paysage laissé derrière ces opérations évoque un décor de désolation, rappelant, pour certains habitants, les scènes observées après les séismes d’Agadir ou du Haouz.
Déterminées à mener à bien les nouveaux projets d’aménagement urbain et la réhabilitation de cette partie historique de la métropole, les autorités poursuivent depuis plusieurs mois une vaste opération visant à éradiquer l’habitat insalubre ou menaçant ruine, afin de préparer le terrain à un nouveau visage plus moderne de la ville.
Mais les conditions de relogement et le calendrier des évacuations suscitent un profond malaise parmi les habitants, attachés à ces lieux de vie. Beaucoup se voient contraints de partir loin, avec des compensations jugées insuffisantes, au prix de déchirements sociaux et professionnels. Leur tristesse était visible lors des démolitions, certains assistant, le cœur brisé, aux pleurs de leurs enfants.
Encore une fois, l’absence de communication et de sensibilisation auprès des riverains est pointée du doigt. Si ces projets répondent à un intérêt public évident, de nombreux habitants regrettent de ne pas avoir été davantage accompagnés dans cette transition.
Casablanca voit ainsi disparaître des fragments entiers de sa mémoire collective, dans des quartiers où cohabitaient depuis des décennies plusieurs communautés, souvent dans des conditions difficiles, mais profondément attachées à leur environnement.
Par Jalil Nouri












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