La dernière sortie d’Aziz Akhannouch sur les prix des moutons a provoqué l’indignation de nombreux Marocains. En demandant aux éleveurs de sortir leurs bêtes au souk bien avant les deux derniers jours afin d’éviter une chute des prix liée à une offre massive, le chef du gouvernement donne l’impression de se préoccuper davantage des calculs du marché que du pouvoir d’achat des citoyens.
Un chef du gouvernement devrait d’abord penser aux familles marocaines, déjà étranglées par la vie chère, et non aux marges des vendeurs. Cette déclaration renforce l’image d’un responsable politique qui raisonne en chef des affaires, plus que comme le chef d’un gouvernement au service des citoyens.
Aziz Akhannouch, dont la fortune est connue, incarne déjà pour une partie de l’opinion le mélange dérangeant entre pouvoir politique et puissance économique. Ses activités dans les hydrocarbures, les opportunités liées aux marchés internationaux, notamment autour des produits pétroliers, et sa place dans le monde des affaires alimentent depuis longtemps les critiques.
Cette année encore, les Marocains assistent au même scénario devenu insupportable : un cheptel annoncé comme largement disponible, des discours rassurants des responsables, mais au final des prix qui s’envolent et rendent l’achat du mouton inaccessible à une large partie des familles. Comment justifier une telle flambée alors que l’offre est bien présente sur les marchés ? Qui profite réellement de cette spéculation déguisée ? Et surtout, où est l’État lorsqu’il s’agit de protéger les citoyens face à l’érosion continue de leur pouvoir d’achat ?
Face à cette situation jugée profondément injuste, les citoyens disposent aujourd’hui d’un moyen de pression plus puissant que les simples plaintes : le boycott. Ne pas céder à la précipitation, refuser d’alimenter cette spirale spéculative et dire non à des prix déconnectés de la réalité sociale. Si les consommateurs désertent les marchés, les prix finiront inévitablement par chuter. Le véritable pouvoir appartient encore au citoyen lorsqu’il agit collectivement.
Le mouton de l’Aïd ne peut devenir le symbole cruel d’une fracture sociale où les classes populaires et une partie de la classe moyenne s’endettent pour préserver une tradition, pendant que d’autres vivent cette période dans un tout autre confort. Beaucoup de familles aisées choisissent désormais de profiter du long week-end de l’Aïd pour voyager, séjourner dans des hôtels de luxe ou partir à l’étranger, laissant aux autres le poids financier, social et psychologique du sacrifice. Cette réalité met en lumière une inégalité de plus en plus visible : lorsque la tradition devient un fardeau pour certains et une simple parenthèse de loisirs pour d’autres, il est peut-être temps de repenser les priorités et de refuser collectivement d’être les éternelles victimes d’un système injuste.
Hamid Bernoussi, fidèle lecteur d’Actu-Maroc












Contactez Nous