Après les actes de vandalisme et de violence survenus au complexe Moulay Abdellah, un signal d’alarme s’impose. Un signal fort, qu’il serait dangereux de minimiser.
Certes, ces scènes ne sont pas nouvelles. Elles relèvent même d’un triste déjà-vu. Mais les événements extra-sportifs ayant entaché la rencontre entre le Raja et l’AS FAR dépassent le cadre du football. Ils interpellent l’ensemble de la société marocaine.
Cette violence chronique et récurrente trouve en partie ses racines dans les inégalités sociales et économiques. Mais rien, absolument rien, ne peut la justifier.
Entre ces deux clubs et leurs supporters, les tensions sont anciennes et connues. Des précédents existaient, qui auraient dû alerter les organisateurs. Récemment encore, le club militaire avait été sanctionné par la CAF et contraint de jouer à huis clos.
Résultat : un immense gâchis.
Les sanctions prises ont été jugées exemplaires, voire excessives pour certains. L’AS FAR pourrait ne plus évoluer au complexe Moulay Abdellah, y compris pour une éventuelle finale de Ligue des champions africaine face aux Sud-Africains du Mamelodi Sundowns.
Le Raja et les FAR devront également s’acquitter de lourdes amendes et assumer les coûts des dégâts. Mais la décision la plus contestée reste l’interdiction des déplacements de supporters pour l’ensemble des clubs. Une mesure perçue comme profondément injuste : pourquoi sanctionner tous pour les dérives de quelques-uns ?
Cette décision risque d’altérer davantage une compétition déjà fragilisée par une programmation chaotique et des décisions improvisées. L’égalité des chances s’en trouve sérieusement compromise.
Le mal est fait. Et il est profond.
Car quel sens donner à un football où les supporters ne peuvent plus suivre leur équipe ? Construire des stades modernes pour ensuite priver les fans de déplacements relève d’un non-sens.
Au-delà des tribunes, le malaise est plus profond. Les soupçons autour de l’arbitrage, les critiques sur l’usage de la VAR et les révélations passées, notamment celles de l’arbitre Bouchra Karboubi, alimentent un sentiment d’injustice persistant.
Quand la compétition ne se joue plus uniquement sur le terrain, mais aussi en coulisses, la crédibilité du championnat est en jeu.
Faut-il aller jusqu’à suspendre la Botola Pro ? La question, autrefois impensable, mérite aujourd’hui d’être posée.
Plus largement, le football reflète les fractures d’un Maroc à plusieurs vitesses, marqué par des inégalités criantes, tant sur le plan social que sportif.
Face à cela, la réponse ne peut être uniquement sécuritaire. Elle doit être structurelle. Investir dans les infrastructures sans investir dans l’éducation et le civisme constitue une aberration.
Un chiffre interpelle : près de 80 % des lycéens n’obtiennent pas le baccalauréat. Un constat alarmant qui doit pousser à agir.
Car un jeune sans formation ni perspectives est une bombe sociale à retardement.
Si un seul chantier devait être prioritaire, ce serait celui du capital humain. Sans lui, aucun développement durable n’est possible, ni dans le sport, ni ailleurs.
Il est temps d’agir. Avec lucidité, courage… et responsabilité.
Par Hafid Fassi Fihri



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une violence qui menace de déborder sur la scène publique si des solutions ne sont pas trouvées d’urgence