Revenons à nos moutons !
Après le sacrifice raté ou reporté de l’an dernier, les précipitations abondantes ont ravivé l’espoir d’une saison agricole florissante, avec un niveau de pluviométrie bénéfique pour le cheptel et, par conséquent, la perspective d’une fête du sacrifice offrant davantage de choix aux consommateurs.
Les Marocains sont certes généralement ouverts aux autres cultures, mais, honnêtement, avec des moutons venus du Brésil, du tango argentin, d’Espagne ou encore de Bulgarie, la sauce avait du mal à passer. En effet, nos concitoyens n’ont rien contre les échanges commerciaux ou le libre-échange, sauf lorsque cela se fait à leurs dépens et en leur défaveur.
Dans ce cas de figure, cela donne lieu à une consommation à plusieurs vitesses où, malheureusement, tout ce qui est bon marché finit souvent par être perçu comme étant au rabais, alors qu’il n’y a pas forcément de raison à cela.
Oui, mais en même temps, est-il réellement possible, dans la conjoncture actuelle, de produire à des coûts socialement soutenables ?
Normalement, avec le soutien financier accordé par le département de l’Agriculture, on serait tenté de répondre par l’affirmative. Sauf que le véritable problème demeure celui du pouvoir d’achat des catégories les plus défavorisées.
Et jusqu’à preuve du contraire, à défaut d’une croissance durable, créatrice d’emplois et profitant au plus grand nombre, ce pouvoir d’achat n’aura de pouvoir que le nom et continuera d’être malmené et affaibli pour longtemps encore.
Un mouton 100 % marocain
Si la cuisine demeure le dernier bastion d’un patriotisme largement partagé, rien ne peut davantage faire vibrer un bon Marocain qu’un mouton des Chaouia, des Sraghna ou du Moyen Atlas.
Il existe une forme d’attachement presque tribal qui pousse une grande majorité de Marocains à privilégier les produits du terroir et du cru national.
Néanmoins, malgré le Plan Maroc Vert, les différentes stratégies de développement de l’élevage et les réalisations mises en avant lors du Salon de l’Agriculture, il est légitime de se demander ce qu’est réellement un mouton 100 % marocain, selon quelles normes de qualité et avec quelles certifications.
Une filière locale valorisée
D’ici à la fête du sacrifice, le débat des consommateurs sera essentiellement centré sur les prix et, malheureusement, beaucoup moins sur la qualité des bêtes proposées sur le marché.
Sans aller jusqu’à réclamer des moutons bio — il ne faut pas exagérer non plus — le consommateur est néanmoins en droit d’exiger une filière locale valorisée et de disposer en permanence de toutes les informations essentielles concernant la qualité génétique des troupeaux, l’alimentation des bêtes ainsi que les contrôles effectués par les services vétérinaires du ministère de l’Agriculture.
Malheureusement, ce droit n’est pas encore pleinement garanti par la législation. Et, par ailleurs, le consommateur en a franchement assez d’entendre que les prix des moutons explosent à cause de la guerre en Ukraine, du blocage du détroit d’Ormuz, des fluctuations de Wall Street ou encore des cours du Brent et du pétrole brut.
Le gouvernement n’a aujourd’hui aucune véritable excuse, et la campagne agricole actuelle devrait, en principe, permettre de satisfaire tous les goûts et toutes les bourses.
Après moult sacrifices consentis ces dernières années, le citoyen marocain aspire simplement à une fête paisible, avec un mouton à l’image des bénédictions dont Allah a gratifié le Royaume à travers des pluies abondantes ayant éloigné le spectre de la sécheresse et la menace de la pénurie d’eau.
Une fête paisible vécue comme une parenthèse de paix sociale fragile, avec, comme cerise sur le gâteau, l’amour de Dieu qui adoucit les mœurs et raffermit, en principe, les liens de solidarité et de fraternité.
Alors, dans le tourbillon des tourments de cette époque agitée, revenons à nos moutons !
Par Hafid Fassi Fihri



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