La scène politique algérienne traverse une nouvelle zone de turbulences. Derrière l’image officielle d’un État stable et d’institutions parfaitement alignées, plusieurs signaux récents laissent apparaître un bras de fer discret entre la présidence d’Abdelmadjid Tebboune et les cercles militaires les plus influents.
Le remplacement du général-major Abdelkader Aït Ouarabi, dit « Hassan », à la tête de la Direction générale de la sécurité intérieure, par le général-major Mounir Zahi, a relancé les spéculations sur une recomposition en profondeur des appareils sécuritaires. Selon plusieurs médias, cette nomination intervient dans un contexte marqué par l’instabilité chronique des services de renseignement algériens et par la volonté de l’armée de consolider son emprise sur les centres de décision.
Au cœur de toutes les lectures politiques revient surtout le nom du général d’armée Saïd Chengriha, chef d’état-major de l’ANP, que de nombreux observateurs considèrent comme l’homme fort du système algérien et l’un des principaux arbitres des équilibres du pouvoir. Son influence grandissante sur les appareils sécuritaires et politiques du pays apparaît aujourd’hui plus visible que jamais. Son rôle présumé dans l’installation du nouveau patron de la DGSI alimente davantage l’idée d’un rééquilibrage interne au profit de l’institution militaire.
Cette situation intervient alors que l’entourage présidentiel a connu plusieurs mouvements et que les interrogations se multiplient sur l’avenir politique de Tebboune. Dans les coulisses du pouvoir, la question de l’après-Tebboune semble déjà ouverte, avec en toile de fond une rivalité entre ceux qui souhaitent préserver la façade civile du régime et ceux qui entendent maintenir le poids traditionnel de l’armée dans l’équation algérienne.
Cette bataille d’influence ne concerne d’ailleurs pas uniquement l’avenir de Tebboune. Dans plusieurs cercles d’analyse, des interrogations commencent également à émerger autour de l’après-Chengriha lui-même, tant le chef d’état-major apparaît aujourd’hui comme une pièce centrale du système. Son âge, le poids de ses responsabilités et les équilibres sensibles entre les différents clans militaires nourrissent discrètement les calculs de succession au sein même de l’institution sécuritaire. Ce double enjeu autour de l’après-Tebboune et de l’après-Chengriha contribue à rendre la période actuelle particulièrement délicate pour le pouvoir algérien.
La guerre des récits se joue également dans les médias, où chaque camp tente d’imposer sa lecture des événements. Les limogeages, nominations et silences officiels deviennent autant de messages codés dans un système où les véritables décisions se prennent rarement à la lumière du jour.
En réalité, cette lutte silencieuse révèle surtout la fragilité d’un système construit sur des équilibres internes plus que sur une véritable transparence institutionnelle. Tant que l’armée restera l’arbitre central de la vie politique algérienne, chaque changement au sommet des services ou de la présidence sera interprété comme un signal de crise ou de repositionnement. L’Algérie donne ainsi l’image d’un pouvoir qui cherche à rassurer l’opinion, tout en réglant ses comptes loin des regards.
Car en Algérie, le pouvoir ne change pas toujours à travers les discours officiels ou les échéances électorales, mais souvent dans l’ombre des appareils sécuritaires, des états-majors et des rapports de force internes. Derrière chaque nomination, chaque limogeage ou chaque silence institutionnel se cache parfois une lutte beaucoup plus profonde pour le contrôle réel de l’État. Cette bataille feutrée pourrait annoncer une transition délicate, où la question essentielle reste désormais celle-ci : qui décidera réellement de l’après-Tebboune ?












Contactez Nous