De grosses menaces sur les grands fonds méditerranéens selon le nouveau rapport de Oceana et MedReAct
Ces pressions affaiblissent leur capacité à atténuer les impacts du changement climatique et à soutenir la vie marine. Cette étude indépendante a été réalisée par des scientifiques de l’Université polytechnique des Marches (Italie).
Les organisations appellent la Commission Générale des Pêches pour la Méditerranée (CGPM) à étendre l’interdiction du chalutage de fond, actuellement fixée à 1 000 m de profondeur, à au moins 800 m, afin de mieux protéger ces écosystèmes.
Protéger les grands fonds méditerranéens du chalutage est établi par la science et important pour le climat alerte le nouveau rapport
Une telle mesure est scientifiquement fondée et contribuerait à la mise en œuvre des engagements internationaux de la CGPM, notamment au titre de la Convention sur la diversité biologique (CBD) et de la Stratégie 2030 de la CGPM.
Helena Álvarez, responsable scientifique senior chez Oceana en Europe, a déclaré : « Les écosystèmes des grands fonds méditerranéens sont surement moins visibles, mais tout aussi essentiels : ils abritent la vie marine, favorisent la régénération des ressources halieutiques surexploitées et renforcent la résilience climatique de la région. Nous appelons les pays méditerranéens, et en particulier l’Union européenne, à renforcer la protection de ces habitats fragiles en étendant l’interdiction régionale du chalutage profond, afin de placer la CGPM à l’avant-garde de la conservation des grands fonds. »
Oceana et MedReAct exhortent le Comité scientifique consultatif de la CGPM, lors de sa réunion de juin (22–25 juin), à émettre un avis favorable à l’extension de cette interdiction, en vue d’une proposition formelle lors de la réunion annuelle de la CGPM en octobre. L’an dernier, les organisations avaient déjà critiqué l’inaction de la CGPM sur ce dossier.
Les principales conclusions du rapport :
– Les écosystèmes des grands fonds méditerranéens sont uniques et abritent une forte biodiversité, incluant des espèces d’intérêt commercial
– Ces habitats jouent un rôle clé dans le stockage du carbone à long terme et peuvent servir de refuges climatiques pour la vie marine
– Leurs caractéristiques – croissance lente, longévité élevée – les rendent particulièrement vulnérables aux pressions externes telles que le changement climatique et la pêche destructrice telle que le chalutage de fond
– Les activités de pêche de fond, comme le chalutage, constituent la principale cause de leur déclin, entraînant la dégradation des habitats, causant des dommages permanents à certains et des dommages irréversibles à d’autres (ex. : corail bambou Isidella elongata)
– Avec un réchauffement de la Méditerranée plus rapide que celui de l’océan mondial, le changement climatique accentue la pression sur ces écosystèmes en diminuant leur capacité de résilience face à ses impacts et en accélérant leur déclin.
– Etendre l’interdiction du chalutage de fond de 1 000 m à 600–800 m de profondeur contribuerait à mieux protéger ces écosystèmes
Quant aux principales raisons d’étendre l’interdiction du chalutage en profondeur :
– Il s’agit de profondeurs où l’on trouve la plupart des écosystèmes marins vulnérables (EMV)
– Cette mesure favoriserait la reconstitution d’espèces menacées (comme les requins des grands fonds) ainsi que d’espèces surpêchées et d’importance halieutique commerciale (comme les crevettes d’eaux profondes)
– Elle renforcerait la résilience climatique de la mer Méditerranée.
Au-delà de sa pertinence climatique, cette mesure est étayée par la science. Des études pilotes menées par la CGPM dans sept pays méditerranéens (Égypte, France, Grèce, Italie, Malte, Espagne et Tunisie) montrent qu’une telle extension aurait un coût limité pour les pêcheurs.
De plus, l’analyse d’Oceana indique que les activités de pêche à ces profondeurs sont très faibles, alors qu’une telle mesure permettrait de protéger environ 100 000 km² supplémentaires de fonds marins. Certains pays commencent d’ailleurs à agir : la France, l’Égypte et le Monténégro ont récemment annoncé une interdiction du chalutage en dessous de 800 m.
Dr Emanuela Fanelli, Université polytechnique des Marches et coautrice du rapport, a déclaré : « Les écosystèmes des grands fonds méditerranéens, en particulier ceux situés entre 600 et 1 000 mètres de profondeur, constituent des réservoirs de carbone à long terme et, grâce à leur relative stabilité, peuvent aussi servir de refuges climatiques pour certaines espèces marines. Nos travaux montrent clairement que renforcer leur protection est à la fois scientifiquement justifié et stratégiquement essentiel. »
Domitilla Senni, directrice exécutive de MedReAct, a ajouté : « L’expérience internationale en matière de gestion des pêches montre une réalité simple : les limites de précaution concernant le chalutage de fond fonctionnent. Protéger les grands fonds méditerranéens du chalutage de fond permettrait d’éviter l’effondrement d’espèces vulnérables, les dommages durables aux habitats fragiles et la perte de carbone organique. Sans mesures proactives et de précaution, les pressions cumulées du changement climatique et de la pêche ne feront qu’accélérer le déclin des écosystèmes. »
Oceana est la plus grande organisation internationale se consacrant exclusivement à la défense des océans. Oceana œuvre à la reconstitution de l’abondance des populations et de la richesse de la biodiversité des océans en plaidant pour des politiques fondées sur les connaissances scientifiques dans les pays qui contrôlent un quart de la pêche de poissons sauvages.
Avec plus de 325 victoires mettant fin à la surpêche, à la destruction des habitats, à la pollution par les hydrocarbures et le plastique et au massacre d’espèces menacées comme les tortues, les baleines et les requins, les campagnes d’Oceana portent leurs fruits.
Un océan en meilleure santé permettrait à un milliard de personnes de profiter d’un repas sain de produits issus de la mer, tous les jours, pendant toute leur vie. Ensemble, nous pouvons sauver les océans et contribuer à nourrir le monde.
MedReAct – Mediterranean Recovery Action est une organisation indépendante de conservation marine, fondée en 2014, qui œuvre pour protéger la mer Méditerranée contre la perte de biodiversité et les pratiques de pêche destructrices. En collaboration avec les communautés locales, des scientifiques, des plongeurs et des organisations partenaires, MedReAct obtient des résultats concrets en matière de conservation fondées sur la science, notamment en contribuant à la création de la plus grande réserve marine de l’Adriatique, dans la zone du Jabuka/Pomo Pit.
Rapport (en anglais) : Deep-sea ecosystems of the Mediterranean Sea: Ecological importance and vulnerability to climate change and bottom fishing



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