La 7e ville la plus réputée du monde est-elle en train de devenir la victime de son propre succès, et plus particulièrement des choix contestés de ceux qui ont la charge de gérer son patrimoine ?
Les récents réaménagements réalisés à coups de dizaines de milliards de centimes ont brusquement sorti les Marrakchis de leur quiétude. Ils peinent désormais à reconnaître le lieu le plus emblématique et le plus visité de la ville ocre : la place Jemaa el-Fna, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Pour beaucoup, le résultat s’apparente à un véritable gâchis. La nouvelle configuration de la place, jugée par certains approximative et dénuée d’âme, suscite incompréhension et colère parmi des habitants profondément attachés à l’identité de leur ville.
Certes, la célèbre place avait besoin d’être rénovée et modernisée afin de répondre à son statut de vitrine mondiale du Maroc. Mais fallait-il pour autant engager des travaux aussi lourds sans une véritable concertation avec les acteurs locaux, les historiens, les architectes, les artistes et les personnalités de la ville capables d’apporter une réflexion à la hauteur de l’enjeu ? C’est précisément là que réside la source d’un malaise qui ne cesse de grandir.
Ni l’uniformisation de cet espace historique, ni le nouveau mobilier urbain, ni le choix des revêtements, ni même les aménagements décoratifs n’ont trouvé grâce aux yeux d’une partie importante de la population. De nombreux visiteurs habitués à l’authenticité de Marrakech partagent également ces réserves, estimant que l’esprit unique de la place a été altéré au profit d’un aménagement jugé trop impersonnel.
Face à la montée des critiques, la polémique prend désormais une dimension politique. Des voix s’élèvent pour demander des explications sur les choix effectués, les montants engagés et les responsabilités éventuelles. Pour beaucoup, la mission des élus n’était pas de transformer l’âme de Jemaa el-Fna, mais de la préserver, de la protéger et de la mettre davantage en valeur.
Aujourd’hui, certains observateurs parlent d’une véritable atteinte à l’image de Marrakech et réclament une reddition des comptes. Derrière la controverse esthétique se pose en réalité une question plus profonde : comment moderniser un patrimoine mondial sans le dénaturer ? C’est sans doute sur cette interrogation que les responsables de ce chantier seront désormais attendus.
Par Jalil Nouri



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