Un nouveau front de tension s’est ouvert entre Washington et l’un de ses principaux alliés européens. En marge du sommet de l’OTAN organisé à Ankara, le président américain Donald Trump a annoncé avoir ordonné à son secrétaire au Trésor, Scott Bessent, d’engager les démarches visant à interrompre les relations commerciales entre les États-Unis et l’Espagne. Une décision spectaculaire qui intervient sur fond de désaccords profonds concernant les engagements militaires de Madrid au sein de l’Alliance atlantique et son positionnement dans le conflit opposant Washington à l’Iran.
Devant la presse, Donald Trump n’a pas ménagé ses critiques à l’égard du gouvernement espagnol, qualifiant l’Espagne de « mauvais partenaire » au sein de l’OTAN. Le président américain reproche notamment à Madrid de refuser d’augmenter ses dépenses militaires au niveau souhaité par Washington et de ne pas avoir apporté le soutien attendu lors des récentes opérations américaines contre l’Iran, notamment en limitant l’utilisation des bases militaires espagnoles et de son espace aérien.
L’OTAN au cœur des divergences
Depuis plusieurs mois, les relations entre les deux capitales se sont nettement refroidies. L’administration Trump exige des alliés européens qu’ils consacrent jusqu’à 5 % de leur produit intérieur brut aux dépenses de défense, un objectif que le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez juge excessif et incompatible avec ses priorités budgétaires.
L’Espagne maintient qu’un effort de défense équivalent à environ 2,1 % du PIB est suffisant pour honorer ses engagements au sein de l’Alliance. Cette position a suscité l’irritation de Washington, qui estime que certains partenaires profitent encore largement de la protection militaire américaine sans en assumer pleinement le coût.
Une menace commerciale aux effets incertains
L’annonce de Donald Trump a immédiatement suscité de nombreuses interrogations sur sa faisabilité.
En effet, la politique commerciale avec les États membres de l’Union européenne relève de la compétence exclusive de Bruxelles. Les accords commerciaux sont négociés au niveau communautaire, ce qui limite fortement la possibilité pour les États-Unis de cibler un seul pays européen sans engager un bras de fer avec l’ensemble de l’Union européenne. Des spécialistes du commerce international soulignent qu’une telle mesure nécessiterait un cadre juridique spécifique et pourrait faire l’objet de contestations.
Madrid appelle au calme
Du côté espagnol, les autorités ont choisi de ne pas alimenter la polémique. Le Premier ministre Pedro Sánchez a minimisé la portée des déclarations américaines, affirmant avoir eu un échange cordial avec Donald Trump en marge du sommet. Le gouvernement espagnol rappelle que les relations commerciales entre Madrid et Washington s’inscrivent dans le cadre des accords entre les États-Unis et l’Union européenne et qu’aucune décision unilatérale ne saurait remettre en cause cet équilibre sans concertation avec Bruxelles.
La Commission européenne suit également le dossier avec attention. Plusieurs responsables européens ont rappelé que toute remise en cause des échanges transatlantiques devrait être examinée dans le respect des règles internationales et des accords commerciaux existants.
D’autres sujets de discorde
Les critiques de Donald Trump ne se sont pas limitées au seul dossier espagnol. Au cours du sommet d’Ankara, le président américain a également ravivé plusieurs contentieux avec certains alliés européens, évoquant une nouvelle fois le dossier du Groenland, les engagements de l’OTAN ainsi que les conséquences de la guerre contre l’Iran.
Ces déclarations ont largement dominé les débats de la réunion, éclipsant en partie les discussions consacrées au renforcement de la sécurité collective et à l’avenir de l’Alliance atlantique. Elles illustrent les tensions persistantes entre Washington et plusieurs capitales européennes sur la répartition des responsabilités militaires et la conduite des crises internationales.
Si la menace américaine devait se concrétiser, elle ouvrirait un nouveau chapitre dans les relations entre les États-Unis et l’Union européenne, avec des conséquences économiques et diplomatiques susceptibles de dépasser largement le cadre des relations bilatérales entre Washington et Madrid.












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