Les automobilistes marocains ont eu une mauvaise surprise en faisant le plein ce jeudi 16 juillet. Après trois diminutions successives enregistrées depuis le début de l’été, les prix des carburants ont repris leur ascension dans la plupart des stations-service du Royaume. Une hausse qui ravive un débat récurrent : celui de la rapidité avec laquelle les augmentations sont répercutées, comparée au délai souvent observé lorsque les cours internationaux s’orientent à la baisse.
Dans le détail, le litre de gazole a augmenté de 60 à 70 centimes, selon les enseignes et les régions, pour s’établir entre 13,20 et 13,31 dirhams. Le litre d’essence, quant à lui, a progressé d’environ 38 centimes, franchissant le seuil des 14,20 dirhams dans plusieurs stations.
Cette correction intervient après trois baisses consécutives, dont la dernière au début du mois de juillet, lorsque le gazole avait reculé d’environ 97 centimes et l’essence de près de 46 centimes. Si cette tendance avait offert un léger répit aux ménages et aux professionnels du transport, le retour à la hausse rappelle la forte sensibilité du marché marocain aux fluctuations internationales du pétrole.
Au-delà des quelques dizaines de centimes supplémentaires à la pompe, c’est surtout le mécanisme de répercussion des variations qui continue d’alimenter les interrogations. Nombre d’observateurs constatent que lorsque les cours mondiaux du brut progressent, les ajustements semblent intervenir avec une grande célérité. À l’inverse, lorsque le baril recule sur les marchés internationaux, les consommateurs ont parfois le sentiment que la traduction de cette baisse dans les stations-service nécessite davantage de temps. Cette perception, largement partagée, nourrit régulièrement les débats sans pour autant constituer, à elle seule, la preuve d’un dysfonctionnement.
Le secrétaire général du Syndicat national du pétrole et du gaz, Houcine El Yamani, souligne que les prix sont révisés deux fois par mois, les 1er et 16 de chaque mois, conformément au système mis en place depuis la libéralisation du secteur. Il estime toutefois que les réductions des cours internationaux ne sont pas toujours répercutées avec la même rapidité que les hausses.
Le Conseil de la concurrence rappelle, de son côté, que les sociétés de distribution calculent leurs tarifs sur la base des cotations de la quinzaine précédente. Ce mode de calcul explique en partie le décalage entre l’évolution du baril et les prix affichés à la pompe. L’institution précise également que le fait que plusieurs opérateurs appliquent des variations similaires ne constitue pas, en soi, une preuve d’entente illicite, laquelle ne peut être établie qu’à l’issue d’investigations approfondies.
Le sujet reste particulièrement sensible depuis la libéralisation des prix des carburants en 2015, intervenue dans un contexte marqué par l’arrêt de la raffinerie Samir à Mohammedia. Cette double évolution a profondément transformé le marché national, désormais largement dépendant des importations de produits raffinés.
En 2023, le Conseil de la concurrence avait d’ailleurs conclu une procédure transactionnelle avec neuf sociétés pétrolières et leur fédération professionnelle. Celle-ci s’était soldée par le paiement de plus de 1,84 milliard de dirhams ainsi que par une série d’engagements destinés à renforcer la concurrence et à améliorer la transparence du marché.
Aujourd’hui encore, plusieurs spécialistes estiment que le véritable enjeu dépasse la seule évolution du prix du baril. Le tarif payé par le consommateur résulte d’une combinaison complexe intégrant le coût d’achat, le transport, le stockage, les marges commerciales, les taxes et les frais logistiques. Une plus grande transparence sur chacun de ces éléments contribuerait sans doute à mieux expliquer les fluctuations observées et à renforcer la confiance des consommateurs.
Car, au Maroc, chaque variation des carburants dépasse largement le simple passage à la pompe. Elle influence directement les coûts de transport, les prix des marchandises, le coût des services et, in fine, le pouvoir d’achat des ménages. Dans ce contexte, les attentes portent moins sur le niveau des prix que sur la lisibilité de leur formation et sur une répercussion perçue comme équitable des évolutions du marché international.












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