Le Maroc pourrait gagner deux années sur son calendrier énergétique. L’objectif emblématique de porter les énergies renouvelables à 52 % de la capacité électrique installée en 2030 devrait finalement être dépassé dès 2028, signe d’une nette accélération de la transition énergétique du Royaume.
Les chiffres témoignent du chemin parcouru. À la mi-2025, les énergies renouvelables représentaient déjà 45,5 % de la puissance électrique installée, selon l’IEA-PVPS. À la fin de cette même année, cette proportion avait encore progressé pour atteindre 46,1 %, pour une puissance électrique nationale totale de 12 314 MW.
Une précision est toutefois essentielle : ce pourcentage ne signifie pas que près de la moitié de l’électricité consommée par les Marocains est produite à partir du soleil, du vent ou de l’hydraulique. Il désigne la part des renouvelables dans la capacité de production installée, et non leur contribution effective à la production d’électricité.
Une accélération massive des investissements
La dynamique devrait maintenant changer d’échelle. Le plan d’équipement électrique prévoit l’ajout de 12 445 MW de capacités renouvelables, soit près de 80 % des nouvelles capacités programmées à l’horizon 2030.
Le solaire et l’éolien constituent naturellement les deux moteurs de cette offensive énergétique. Mais produire davantage d’électricité verte ne suffit pas : encore faut-il pouvoir la stocker et l’injecter dans le réseau lorsque la demande l’exige.
C’est précisément l’un des grands défis des prochaines années.
Le nouveau plan 2026-2030 prévoit ainsi 11,6 GW de capacités renouvelables supplémentaires, mais également 2,6 GW de capacités additionnelles de stockage. Les systèmes de batteries devraient totaliser 2 230 MWh, auxquels viendra notamment s’ajouter la future STEP hydroélectrique d’El Menzel de 360 MW.
Le solaire gagne aussi les entreprises et les foyers
La révolution énergétique marocaine ne se joue d’ailleurs plus uniquement dans les grandes centrales.
Selon l’IEA-PVPS, le photovoltaïque décentralisé connaît une progression rapide dans les entreprises, les exploitations agricoles et les habitations. Plus de 3 GW de solaire photovoltaïque seraient déjà installés dans ces différents usages, même si leur comptabilisation précise reste difficile en l’absence d’un système national exhaustif de suivi.
Cette évolution pourrait profondément modifier le paysage énergétique marocain : demain, une partie croissante de l’électricité sera produite directement là où elle est consommée.
Après les 52 %, un autre défi
Atteindre l’objectif avec deux ans d’avance constituerait incontestablement une performance. Mais les 52 % ne représentent pas une ligne d’arrivée.
Le véritable enjeu sera de transformer cette capacité installée en électricité effectivement disponible, compétitive et suffisamment régulière pour accompagner l’industrialisation, les grands projets de dessalement, les transports électriques et les nouveaux besoins du pays.
La demande augmente d’ailleurs rapidement : elle a atteint 49 TWh en 2025, en hausse de 7,4 %, tandis qu’un nouveau record de puissance appelée de 8 400 MW a été enregistré en juillet 2026.
Le Maroc pourrait donc gagner sa première course contre le calendrier dès 2028. Mais une seconde commence déjà : faire de l’abondance solaire et éolienne du Royaume un véritable instrument de souveraineté énergétique.



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