L’arrestation à Rabat d’un gynécologue soupçonné d’avoir pratiqué des avortements clandestins remet en lumière une réalité dont on parle peu, mais que la société marocaine connaît depuis longtemps : malgré son interdiction par la loi, l’avortement clandestin continue d’exister.
Le praticien, sa secrétaire et un anesthésiste figurent parmi les huit personnes déférées devant la justice. Le gynécologue a été placé en détention préventive à la prison d’Al Arjat. Des médicaments, des produits pharmaceutiques ainsi qu’une somme d’argent liquide susceptible, selon les premiers éléments rapportés, d’être liée aux interventions ont été saisis.
Derrière cette affaire se pose une autre question : combien rapporte l’avortement clandestin à ceux qui le pratiquent ?
Parce qu’il est interdit et donc réalisé dans la discrétion, cet acte échappe par nature aux tarifs officiels et à la transparence. La vulnérabilité de certaines femmes peut également favoriser des honoraires élevés. Mais faute de données vérifiables, il serait hasardeux d’affirmer que tous les médecins concernés s’enrichissent rapidement grâce à cette activité.
La loi marocaine est pourtant particulièrement sévère.
L’article 449 du Code pénal prévoit un à cinq ans d’emprisonnement pour celui qui procure ou tente de procurer un avortement. Lorsque ces actes sont pratiqués habituellement, les sanctions peuvent être aggravées. Les médecins sont expressément visés par l’article 451 et risquent également une interdiction temporaire ou définitive d’exercer.
La femme qui se fait intentionnellement avorter s’expose elle-même à une peine de six mois à deux ans de prison.
Il existe cependant une exception importante : l’article 453 autorise l’interruption de grossesse lorsqu’elle est nécessaire pour sauvegarder la santé de la mère, dans les conditions prévues par la loi.
DES DÉLINQUANTS POUR LA LOI, UNE « SOUPAPE » POUR CERTAINES FEMMES ?
C’est ici que commence le véritable débat.
Pour une partie de la société, un médecin qui pratique illégalement un avortement enfreint la loi et peut transformer la détresse d’une femme en activité lucrative.
Pour d’autres, la réalité sociale est moins simple.
Grossesses non désirées, femmes abandonnées par leur partenaire, précarité, pression familiale, peur du scandale : certaines se retrouvent dans des situations dramatiques et cherchent malgré l’interdiction une solution médicale.
Dans cette lecture, certains praticiens joueraient, en dehors de tout cadre légal, un rôle social que la législation actuelle ne prendrait pas suffisamment en compte.
Cela ne rend évidemment pas leurs actes légaux. Mais l’affaire de Rabat rappelle une évidence : tant qu’une demande existe, l’interdiction ne suffit pas nécessairement à faire disparaître la pratique.
Elle peut aussi la pousser dans la clandestinité.
Et c’est probablement là que se trouve le véritable débat que cette nouvelle affaire devrait rouvrir au Maroc.



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