Le débat sur l’enrichissement illicite a pris une tournure particulièrement tendue à la Chambre des représentants. Selon les éléments rapportés, la séance des questions orales de lundi a donné lieu à une vive confrontation entre Abdessamad Haiker, député du Parti de la justice et du développement, et le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi. Au centre de l’échange : les garanties judiciaires invoquées pour encadrer une incrimination dont l’opposition réclame l’aboutissement.
La tension est montée lorsque Haiker a qualifié de « discours misérable » l’argumentation du ministre sur les exigences d’un procès équitable. Le député a contesté la manière dont ces garanties étaient mobilisées dans ce dossier, demandant pourquoi elles semblaient occuper une place aussi déterminante pour ce texte, plutôt que pour d’autres réformes législatives.
Son intervention portait également sur la responsabilité politique du retard. Accusant Ouahbi d’esquiver les raisons du blocage, Haiker lui a reproché de recourir au populisme pour défendre sa position et détourner l’attention des conséquences du retrait de l’ancien projet.
Ce précédent demeure au cœur du différend. L’incrimination de l’enrichissement illicite figurait dans une ancienne version de la réforme du Code pénal, retirée du circuit législatif en 2021 à la demande du ministre. Le dossier revient aujourd’hui dans le débat, avec notamment des initiatives parlementaires du PJD et de l’USFP.
Face aux propos de Haiker, Ouahbi a réagi vivement. Estimant que le qualificatif employé dépassait les limites du désaccord politique, il a invoqué le respect dû aux intervenants dans une institution constitutionnelle et laissé entendre qu’il pourrait quitter la séance. Abdallah Bouanou, président du groupement parlementaire du PJD, est alors intervenu par une motion d’ordre, demandant le retrait de l’expression litigieuse et cherchant à apaiser les échanges.
Derrière la querelle de mots subsiste un désaccord de fond. Le 27 octobre, devant la Chambre des conseillers, Ouahbi avait réaffirmé son engagement à présenter des textes sur l’enrichissement illicite et les conflits d’intérêts, tout en insistant sur la présomption d’innocence. Il avait notamment rejeté une démarche consistant à arrêter une personne pour lui demander ensuite de démontrer son innocence.
L’enjeu politique consiste désormais à dépasser cette confrontation pour préciser le contenu et le calendrier de la réforme. Quels patrimoines seront concernés ? Comment caractériser un enrichissement injustifié et encadrer les investigations ? Les réponses devront permettre une lutte effective contre la corruption, assortie de garanties solides. Sur ce dossier, c’est un dispositif applicable et crédible qui permettra de départager les positions.



Contactez Nous