Les automobilistes paient davantage, les stations-service dénoncent les pratiques de leurs fournisseurs et le gouvernement écarte le plafonnement. Au Maroc, la crise des carburants prend une nouvelle dimension avec les accusations des représentants des détaillants : certaines sociétés de distribution retarderaient leurs livraisons à l’approche des hausses tarifaires pour bénéficier des nouveaux prix. Des allégations graves, qui appellent une vérification et des réponses précises.
Selon la Fédération nationale des propriétaires, commerçants et gérants des stations-service au Maroc, certaines commandes seraient réduites, différées, voire annulées lorsque se profile une augmentation des tarifs. Le mécanisme dénoncé consiste à attendre l’entrée en vigueur des nouveaux barèmes pour livrer plus cher. Son président, Taieb Benali, affirme avoir déposé une plainte auprès du Conseil de la concurrence en octobre 2026. Cette démarche ne préjuge toutefois ni des conclusions de l’institution ni de la réalité des pratiques mises en cause.
Si elles étaient établies, ces pratiques changeraient la lecture des difficultés d’approvisionnement. Une station momentanément privée de carburant ne serait plus nécessairement confrontée à un simple incident logistique : elle pourrait subir une décision commerciale destinée à tirer profit d’une hausse imminente. Pour les consommateurs, la conséquence serait particulièrement amère : patienter devant une pompe indisponible, puis revenir acheter le même carburant à un prix supérieur.
Il faut désormais établir les faits. Les commandes, leurs dates, les volumes disponibles, les délais de livraison et les motifs d’annulation permettraient de confronter les accusations aux opérations réellement effectuées. Les sociétés concernées doivent pouvoir présenter leurs explications. Une contrainte de transport, une difficulté d’importation et une rétention volontaire de marchandise ne peuvent être confondues.
La parole des stations-service mérite d’autant plus d’attention qu’elle révèle une fracture au sein de la filière. Souvent placés en première ligne face à la colère des automobilistes, les exploitants affirment disposer de peu de prise sur les décisions tarifaires et les conditions d’approvisionnement. La Fédération souligne notamment le poids des contrats d’exclusivité qui les lient à leurs fournisseurs et limitent leurs possibilités de chercher du carburant ailleurs.
Elle conteste également l’idée selon laquelle chaque hausse enrichirait automatiquement les détaillants. Selon ses explications, leur rémunération repose sur une marge fixe par litre vendu, et non sur un pourcentage du prix affiché. Un carburant plus cher impose pourtant davantage de trésorerie pour financer les stocks. À budget inchangé, le client achète aussi moins de litres, ce qui peut peser sur l’activité des stations.
Ces accusations interviennent alors que le gouvernement vient d’écarter un plafonnement des prix et des marges. Lors du point de presse du 5 novembre, son porte-parole, Samir Belfkih, a invoqué le coût d’un retour à la compensation, tout en misant sur une répercussion favorable de la baisse des cours internationaux.
Mais cette réponse budgétaire ne règle pas la question soulevée par les professionnels. Le financement d’une aide publique et le contrôle des pratiques commerciales relèvent de deux débats distincts. Renoncer à subventionner les carburants ne dispense pas de vérifier que les règles de concurrence sont respectées et que les difficultés d’approvisionnement ont des justifications objectives.
Pour les ménages comme pour les entreprises, l’enjeu dépasse le plein du véhicule. Le carburant entre dans les coûts de transport, de livraison et de nombreuses activités professionnelles. Lorsque ces charges augmentent, elles peuvent se transmettre à d’autres prix ou réduire encore les marges de ceux qui ne peuvent les répercuter.
Dans ce contexte, la confiance exige davantage que des assurances générales. Les consommateurs doivent pouvoir comprendre les mouvements des prix, tandis que les stations doivent disposer de conditions d’approvisionnement suffisamment claires pour exercer leur activité. Quant aux distributeurs, des explications documentées seraient la meilleure réponse aux soupçons qui visent leur secteur.
La gravité des accusations impose donc une démarche rigoureuse : les examiner, entendre les parties et rendre publiques les conclusions qui pourront l’être. Si elles sont infondées, il faudra le démontrer. Si elles sont établies, elles devront recevoir les suites appropriées.
À la pompe, les Marocains n’ont pas seulement besoin d’une baisse des prix. Ils ont besoin de savoir que les règles s’appliquent à tous et que personne ne peut organiser la rareté pour leur vendre plus cher.



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