À deux mois de l’Aïd al-Adha 2026, une question brûle toutes les lèvres : les Marocains pourront-ils enfin acheter leur mouton sans se ruiner ? Après plusieurs années marquées par une flambée des prix et une tension persistante sur le marché, les signaux envoyés cette année se veulent rassurants… du moins en apparence.
Sur le papier, tous les voyants semblent au vert. Le cheptel national atteint près de 32,8 millions de têtes, dont plus de 23 millions d’ovins, un niveau jugé suffisant pour répondre à la demande. Une offre abondante qui, en théorie, devrait contenir les prix et éviter les dérives observées lors des précédentes campagnes.
Mais la réalité du terrain est souvent plus nuancée. Car derrière cette abondance affichée, les coûts de production restent élevés. L’alimentation du bétail, notamment, continue de peser lourdement sur les éleveurs, tandis que la hausse des carburants vient renchérir toute la chaîne logistique. Autant de facteurs qui, en temps normal, auraient mécaniquement tiré les prix vers le haut.
Alors pourquoi cette année pourrait-elle être différente ? La réponse tient en un mot : concurrence. L’abondance de l’offre oblige les vendeurs à s’aligner, limitant leur capacité à spéculer. Une mécanique de marché qui pourrait, pour une fois, jouer en faveur des consommateurs. Certains professionnels avancent même qu’un mouton pourrait être accessible à partir de 2.000 dirhams, un seuil psychologique dans un contexte de pouvoir d’achat fragilisé.
Mais le véritable enjeu se situe ailleurs, dans les circuits de distribution. Car si les prix peuvent rester contenus, c’est à condition d’éviter les intermédiaires, ces « chennaqa » qui, chaque année, profitent de la période pour faire grimper les tarifs. À chaque revente, une marge s’ajoute, éloignant le prix du mouton de sa valeur réelle.
C’est pourquoi les professionnels insistent : la bataille des prix se joue dans les « rahba ». Dans ces marchés à bestiaux, la transparence et la confrontation directe entre l’offre et la demande permettent de rééquilibrer les rapports de force.
Au final, l’équation de l’Aïd 2026 est simple mais fragile : une offre abondante peut contenir les prix, mais seule la vigilance des consommateurs face aux circuits spéculatifs pourra réellement préserver leur pouvoir d’achat. Une chose est sûre : cette année encore, le mouton ne sera pas seulement un symbole religieux… mais aussi un révélateur économique.












Contactez Nous