L’Union européenne s’apprête à faire évoluer en profondeur le visa Schengen : l’objectif affiché est de faciliter la mobilité des voyageurs “fiables” (tourisme et affaires) tout en gardant une ligne dure face aux risques migratoires et sécuritaires. En toile de fond, une bataille de compétitivité : l’Europe veut rester attractive face à des destinations comme les États-Unis, le Canada ou le Royaume-Uni, qui misent depuis longtemps sur des procédures plus fluides et davantage digitalisées.
Des visas à entrées multiples plus longs pour les “voyageurs réguliers”
Le cœur de la réforme est clair : encourager la délivrance de visas multi-entrées à durée plus longue aux demandeurs présentant un historique de visas conforme, un profil jugé faible risque et des raisons de voyage récurrentes (business, tourisme, visites familiales). Cette approche vise à réduire la “re-paperasse” des voyageurs réguliers et à désengorger les consulats, tout en stimulant les retombées économiques.
Point important : dans sa stratégie, la Commission évoque explicitement la possibilité d’aller au-delà du plafond actuel de 5 ans (envisager une nouvelle catégorie de visas plus longs, ou reconfirmer/étendre une validité après nouvelle évaluation). Autrement dit, l’idée d’un très long terme est sur la table, mais les modalités exactes restent à construire dans le cadre d’une future révision du Code des visas.
La révolution “zéro vignette” : tout passer au digital
Autre bascule majeure : la stratégie prévoit une numérisation complète des procédures. Les demandes pourront être effectuées en ligne et les vignettes physiques (autocollants dans le passeport) sont appelées à être remplacées par des visas numériques sécurisés. L’enjeu est double : accélérer les délais, mieux tracer et sécuriser les dossiers, et harmoniser les outils entre États Schengen.
Plus d’ouverture pour certains… plus de fermeté pour d’autres
Cette “facilitation ciblée” s’accompagne d’un message sans ambiguïté : l’UE veut pouvoir durcir quand la coopération n’est pas au rendez-vous. Le document rappelle le levier prévu par l’article 25a du Code des visas : si un pays partenaire coopère insuffisamment sur la réadmission de ses ressortissants en situation irrégulière, l’UE peut activer des mesures restrictives (ex. suspension des multi-entrées, délais plus longs, hausse des frais). La Commission annonce même vouloir rendre ce mécanisme plus “agile” dans une révision à venir.
Et au Maroc, qu’est-ce que ça change ?
Au Maroc, où la demande de visas Schengen reste très forte, cette mutation se traduira surtout par une expérience plus “numérique” et, pour les profils réguliers et bien documentés, par la perspective de visas plus longs, donc moins de stress, moins de rendez-vous, moins de dossiers répétés. La France, via sa plateforme officielle, a déjà mis en place des briques de digitalisation (dépôt en ligne, possibilité de téléverser des pièces dans certains parcours), ce qui s’inscrit dans la tendance européenne.
Reste une question que beaucoup se posent : ces facilités profiteront-elles réellement au “voyageur normal” (familles, tourisme occasionnel), ou surtout aux profils considérés comme stratégiques (affaires, “trusted travellers”, entreprises) ? La réponse dépendra de la manière dont chaque consulat appliquera les futures règles et de la vitesse de déploiement du tout-digital.


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