Selon Al Akhbar, un récent rapport du Conseil supérieur des comptes a provoqué une véritable onde de choc au sein de l’Agence nationale des eaux et forêts. Le document met en lumière d’importants dysfonctionnements, notamment dans les marchés liés à l’acquisition et à la production de plants forestiers, révélant un gaspillage massif de fonds publics.
Le rapport fait état de la perte ou de la non-utilisation de près de 43,74 millions de plants forestiers entre 2014 et 2023, pour un coût total de 92,44 millions de dirhams. Ces chiffres, qualifiés d’alarmants par des sources citées par le journal, ne surprendraient pourtant pas les cadres forestiers, qui observaient déjà des signes d’essoufflement dès le lancement de la stratégie « Forêts du Maroc 2030 ».
Les résultats seraient même jugés contre-productifs. Alors que le taux de réalisation des opérations de reboisement atteignait 92 % en 2014, il serait tombé à 41 % en 2024, soit un recul de 51 %. Paradoxalement, les budgets alloués à la réhabilitation des écosystèmes forestiers ont augmenté, passant de 80 à 122 milliards de centimes, soit une hausse de 42 milliards.
Plus préoccupant encore, 22 % des plants produits sur la période 2014-2023 n’ont jamais été utilisés. Entre 2021 et 2023, 19,23 millions de plants seraient restés inexploités, représentant à eux seuls 50 millions de dirhams. Le coût unitaire du plant non utilisé aurait également progressé de 1,73 dirham à 2,60 dirhams après la création de l’Agence, soit une hausse de 51 %.
Selon les mêmes sources, ces défaillances traduisent l’absence d’une vision globale intégrant toutes les étapes du cycle de reboisement et de régénération forestière. Le rapport évoque des actions fragmentées, sans approche coordonnée ni gouvernance efficace.
À cela s’ajoute la question du pâturage forestier. Le rapport souligne le non-respect de textes réglementaires datant parfois de 1921, ainsi que l’absence d’application du cadre juridique adopté en 2016 sur le pastoralisme. Un déficit de coordination entre les secteurs concernés – eaux et forêts, agriculture et intérieur – serait également pointé du doigt.
Au-delà des chiffres, c’est donc la gouvernance stratégique de la politique forestière qui se trouve interrogée. Le défi, désormais, est de restaurer la confiance et d’insuffler une véritable culture de responsabilité pour préserver un patrimoine naturel vital pour le pays.











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