C’est une scène devenue banale dans beaucoup de nos foyers : un adolescent, les yeux rivés sur son écran, fait défiler des vidéos à une vitesse folle. En apparence, il se divertit. En réalité, son cerveau subit une tempête invisible.
Pendant des années, on a cru que les réseaux sociaux étaient un simple miroir de nos centres d’intérêt. Aujourd’hui, en tant que psychiatre, je fais un tout autre constat en consultation : ces plateformes sont devenues le miroir de nos vulnérabilités et une source majeure de souffrance mentale.
Le piège de l’attention : quand la machine nous épuise Le fonctionnement des algorithmes actuels repose sur une mécanique simple et redoutable : capter notre attention à tout prix. Pour y parvenir, ils ne nous montrent pas ce qui nous est utile, mais ce qui stimule notre cerveau reptilien. L’indignation, la comparaison sociale, le scandale, la peur… Tout est bon pour nous faire rester quelques secondes de plus.
Ce système a un coût humain immense. Prenons l’exemple de ceux que j’appelle les « aidants » du web : un médecin qui veut faire de la prévention, un enseignant qui partage son savoir. Pour espérer être vus aujourd’hui, ils doivent se transformer en véritables « clowns » numériques, obligés de faire des montages frénétiques pour retenir l’attention. C’est ce que je nomme la « Taxe d’Utilité ». À force de devoir tordre leur message pour plaire à l’algorithme, ces professionnels s’épuisent et frôlent le burn-out. L’outil qui devait les aider à transmettre est devenu une machine à broyer leur santé mentale.
L’exode silencieux de notre jeunesse Mais la conséquence la plus frappante de ce climat numérique toxique concerne nos jeunes. On accuse souvent les adolescents d’être accros à ces plateformes. Pourtant, une tendance lourde est en train d’émerger : l’exode.
Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes fuient les grands réseaux sociaux publics pour se réfugier dans des groupes de discussion privés (WhatsApp, Discord). Pourquoi ? Parce qu’ils saturent. L’anxiété de performance, la surcharge d’informations et l’omniprésence du conflit les épuisent.
La science médicale le confirme. Une étude de référence publiée en 2025 (JAMA Network Open) a démontré qu’il suffit d’une seule petite semaine de « détox » des réseaux sociaux pour voir chuter de manière spectaculaire les niveaux de dépression, d’anxiété et les troubles du sommeil chez les jeunes adultes. La déconnexion n’est pas une simple mode, c’est devenu un geste de survie psychologique.
L’urgence de la « Durabilité Cognitive » Face à ce constat, l’heure n’est plus à la culpabilisation des parents ou des jeunes. Il faut comprendre que nous luttons contre une industrie de l’extraction de l’attention. Mais nous ne sommes pas impuissants. Il est temps de revendiquer ce que j’appelle la « Durabilité Cognitive ».
Tout comme nous avons pris conscience de l’importance de l’écologie pour notre planète, nous devons assainir l’air numérique que nous et nos enfants respirons.
Comment agir dès aujourd’hui ? Voici trois réflexes simples pour reprendre le contrôle :
- Arrêtez de nourrir ce qui vous blesse : L’algorithme ne fait pas la différence entre ce que vous aimez et ce qui vous choque. Si vous vous arrêtez sur une vidéo qui vous met en colère ou vous complexe, la machine vous en proposera cent autres. Prenez l’habitude de passer très vite, ou d’utiliser le bouton « Pas intéressé ».
- Faites le grand ménage (La purge des abonnements) : Ne suivez plus les comptes qui vous traitent comme un simple « temps de cerveau disponible » ou qui jouent sur vos complexes. Privilégiez les comptes qui vous apaisent, vous informent réellement ou vous font du bien.
- Protégez les « aidants » : Lorsque vous trouvez une vidéo véritablement utile, prenez le temps de la regarder jusqu’au bout, sauvegardez-la et partagez-la. Votre attention est une monnaie : arrêtez de financer la toxicité, et commencez à investir dans ceux qui aident.
La santé mentale n’est plus seulement une affaire intime, c’est un enjeu d’hygiène numérique. Il est grand temps d’arrêter de nous laisser « hacker » l’esprit.
Par le Dr Wadih Rhondali, Médecin Psychiatre










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