Face à la rareté croissante des ressources en eau, le Maroc accélère la mise en œuvre de l’un de ses projets les plus stratégiques : l’autoroute de l’eau, un ambitieux programme de transfert hydraulique qui reliera les bassins de Sebou, Bouregreg et Oum Er-Rabiê. Ce projet vise à renforcer l’approvisionnement en eau potable pour les grands centres urbains comme Rabat, Casablanca et Marrakech, tout en assurant une meilleure irrigation des zones agricoles, notamment dans les périmètres de Doukkala, Beni Amir et Beni Moussa.
Le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a fait le point sur l’état d’avancement du chantier, soulignant que la première phase de liaison entre les bassins de Sebou et de Bouregreg est déjà opérationnelle, tandis que la deuxième phase – qui doit relier le barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah au barrage Al Massira – est en cours de finalisation des études. Cette dernière offrira un débit de 30 m³ par seconde, alors que le débit de transfert entre Sebou et Bouregreg atteindra 45 m³/s, portant le volume annuel à 800 millions de m³.
Ce projet s’inscrit dans le cadre du Programme national pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation 2020-2027, avec pour objectif une gestion solidaire des ressources en eau entre les bassins excédentaires et ceux en déficit, renforçant ainsi la résilience du pays face au changement climatique.
Lutte renforcée contre les infractions hydrauliques
En parallèle à ces investissements, le ministère a durci le contrôle du domaine public hydraulique, en s’appuyant sur une coopération étroite avec la Gendarmerie Royale et la justice. Une série de conventions stratégiques ont été signées, dont la plus récente avec le parquet général, pour assurer un suivi judiciaire rigoureux des infractions constatées sur le terrain.
Les résultats sont déjà visibles : 1.223 procès-verbaux ont été dressés entre janvier et novembre 2024, dont 475 pour des forages illégaux de puits et 398 pour des captages non autorisés. Le vol d’eau atteint parfois des niveaux alarmants, comme dans la région d’Oum Er-Rabiê, où un détournement estimé à un million de m³ par jour a été observé – l’équivalent de la consommation annuelle d’une grande ville.
Le ministère a également relevé un problème structurel : la majorité des puits ne sont pas déclarés, empêchant toute évaluation fiable des quantités d’eau extraites.
Professionnalisation des équipes de contrôle
Pour améliorer l’efficacité de la surveillance, 200 agents supplémentaires ont été recrutés et répartis sur l’ensemble du territoire, notamment dans les barrages et agences de bassins. De plus, 83 agents (dont près de 20 % de femmes) ont été formés à la rédaction de procès-verbaux à l’Institut supérieur de la magistrature, tandis que 12 autres ont été initiés à la pose de scellés et au prélèvement d’échantillons.
Des patrouilles mixtes, composées de policiers de l’eau et d’officiers de la Gendarmerie Royale, ont été créées. Elles sont dotées de matériel de pointe, de téléphones dédiés et de 29 véhicules neufs, avec l’objectif de mieux protéger les ressources hydriques nationales. Le ministère prévoit par ailleurs d’équiper chaque agence de bassin de trois véhicules supplémentaires.
Dans un pays où chaque goutte compte, ces efforts conjoints traduisent la volonté du Maroc de bâtir une gouvernance durable de l’eau, fondée sur l’équité, la sécurité et la rigueur.