Pendant longtemps, le football marocain a vécu avec un paradoxe : un vivier immense, une passion populaire inépuisable, mais des cycles de déception, des projets inachevés et une gouvernance souvent jugée hésitante. Les failles étaient connues : formation inégale, compétition locale peu valorisée, instabilité technique, manque de continuité dans la détection, et parfois une lecture trop émotionnelle du résultat immédiat.
Le tournant s’est opéré avec une présidence devenue centrale : Faouzi Lakjaa, à la tête de la FRMF depuis 2014. Le football marocain s’est progressivement doté d’une boussole : la planification, la discipline de gestion et une idée simple mais rare dans le sport : construire une machine durable, pas seulement des coups d’éclat.
Le premier levier a été la gouvernance : professionnalisation des structures, montée en puissance des pôles techniques, exigence de standards (organisation, performance, suivi), et capacité à dialoguer avec les instances internationales. La FRMF a aussi consolidé sa crédibilité à l’échelle continentale et mondiale, à travers des responsabilités assumées par son président dans les organes du football international, ce qui a renforcé l’influence et la capacité de projection du Maroc.
Le deuxième levier, décisif, a été l’investissement. Un budget plus confortable n’est rien sans cap ; au Maroc, il a servi à structurer : infrastructures, centres, conditions de travail, staff, médecine du sport, data, logistique. Le message envoyé aux clubs, aux joueurs et à la jeunesse était clair : le talent ne suffit plus, il faut un environnement de performance.
Le troisième levier a été l’adhésion populaire. Le citoyen marocain a d’abord observé, parfois douté, puis a fini par accepter le changement : stades, ferveur, culture de l’exigence, soutien aux sélections, reconnaissance du travail de fond. Le public n’a pas seulement applaudi les victoires ; il a contribué à installer une norme : celle d’un Maroc qui joue pour gagner, et qui s’organise pour durer.
Reste en effet une interrogation qui dépasse largement le cadre du sport et interpelle le projet de société dans son ensemble. Si le football marocain a réussi à se hisser à un niveau de performance reconnu grâce à une méthode claire, une gouvernance structurée et le choix d’hommes compétents placés aux postes clés, pourquoi cette même logique peine-t-elle à s’imposer avec la même détermination dans des secteurs vitaux comme l’enseignement et la santé, où l’impact social est autrement plus profond et plus urgent ? Le Maroc ne souffre pas d’un déficit de compétences ou d’intelligence collective. Il souffre davantage d’un problème d’alignement entre les responsabilités confiées et les profils désignés pour les assumer. Là où le football a fixé des objectifs précis, évaluables et suivis dans le temps, d’autres secteurs restent prisonniers du court-termisme, des changements fréquents de cap et d’une dilution des responsabilités. La réussite sportive a démontré qu’une réforme protégée des calculs politiques, dotée de moyens clairs, d’indicateurs de performance et d’une culture de reddition des comptes, peut produire des résultats durables. Le football a ainsi servi de laboratoire grandeur nature, prouvant qu’avec de la vision, de la rigueur et de la continuité, le succès n’est ni un hasard ni un privilège réservé au sport. Il est temps que cette leçon irrigue l’action publique dans son ensemble.
Le football marocain a démontré que « quand la vision est claire, le chemin finit toujours par apparaître ». Il a prouvé que la réussite n’est ni le fruit du hasard ni d’un talent isolé, mais celui d’une gouvernance assumée, d’un leadership fort et d’une adhésion collective. Reste désormais à transposer cette culture de l’exigence et de la continuité à d’autres secteurs clés, afin que le succès ne soit plus une exception, mais une règle partagée.



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