Fidèle à ses positions marquées par un devoir de réserve et de retenue concernant les différentes crises algériennes, tant internes qu’externes, le gouvernement marocain se garde bien de se réjouir des ennuis diplomatiques de l’Algérie avec la France.
Ces relations ont atteint un degré de pourrissement sans précédent, avec chaque jour des rebondissements qui ne laissent guère entrevoir un éventuel retour au calme. Paris vient de pousser très loin le bouchon en établissant une liste noire de VIP algériens, civils et militaires, qui seront interdits de visas pour la France jusqu’à nouvel ordre. Cette interdiction est même envisagée pour les ressortissants algériens dans de nombreux cas. En représailles, le Sénat algérien a décidé de rompre tout lien avec son homologue français afin de lui faire payer au prix fort la déclaration de son président, Gérard Larcher, sur la marocanité du Sahara ainsi que sa visite récente dans cette région et son chef-lieu, Laâyoune, à la tête d’une forte délégation de parlementaires venus concrétiser les propos du président Macron sur le sujet.
Mais dans le lourd contentieux entre Paris et Alger, qui a atteint son paroxysme, le Sahara n’est pas la seule pomme de discorde. L’emprisonnement de l’écrivain franco-algérien, opposant au régime d’Alger, Boualem Sansal, ainsi que le refoulement d’Algériens en délicatesse avec la justice française vers leur pays d’origine, d’où ils sont automatiquement renvoyés en France, aggravent les tensions. À cela s’ajoute la question mémorielle, qui n’a jamais cessé d’empoisonner ces relations, au point de frôler une rupture qui semble de plus en plus inévitable à moyen et court terme.
À ceux qui voient comme raison principale de cette situation la question du Sahara, il convient de rappeler qu’elle n’a fait que faire déborder une coupe déjà bien pleine de déconvenues, face à un interlocuteur algérien qui n’a pas encore tourné la page de la colonisation.
Par Jalil Nouri