Il y a des pays qui avancent discrètement, et d’autres qui avancent sous les projecteurs. Le Maroc, lui, avance avec les projecteurs braqués — et c’est précisément là que commence le problème. Car sur le continent, le succès ne suscite pas seulement le respect : il déclenche aussi des réflexes de rivalité, parfois une jalousie mal digérée, et, dans certains cas, une tentation récurrente de salir l’image plutôt que de rivaliser par le travail.
Depuis plusieurs années, le Royaume accumule des marqueurs visibles : grands chantiers d’infrastructures, attractivité économique, capacité d’organisation d’événements, montée en puissance sportive, modernisation urbaine, diplomatie active. Cette dynamique, qu’on l’approuve ou qu’on la conteste, produit un effet incontestable : elle repositionne le Maroc. Et quand un pays se repositionne, il change l’équilibre psychologique autour de lui.
Le Maroc “vitrine” : un miroir qui dérange
Le plus dur, pour certains voisins et compétiteurs, ce n’est pas que le Maroc réussisse. C’est que ses réussites soient visibles, mesurables, comparables. Un port, un stade, une ligne ferroviaire, une ville qui se transforme, une compétition organisée sans accroc : tout cela parle plus fort que les discours. Dans une Afrique où la bataille se joue aussi sur la perception, le Maroc s’est imposé comme une vitrine. Et une vitrine, par définition, attire : les investisseurs, les médias… mais aussi les critiques et les frustrations.
Ce qui se joue alors n’est pas seulement une compétition sportive ou économique. C’est une lutte d’influence : qui incarne le “modèle” ? Qui attire les grands rendez-vous ? Qui devient le point de comparaison ?
CAN 2025 : quand le succès devient insupportable à certains
La CAN 2025, tenue au Maroc, a agi comme un révélateur. D’un côté, une organisation portée par une machine logistique solide, une sécurité maîtrisée, une mobilisation populaire, des infrastructures au niveau des standards internationaux. De l’autre, des séquences regrettables : polémiques, contestations, tensions, comportements de certains supporters et une atmosphère parfois chargée, comme si l’événement devait à tout prix être requalifié en “problème” pour ne pas être reconnu comme une réussite.
Il faut être clair : aucun peuple n’est monolithique et personne n’a le monopole du fair-play ou des débordements. Mais ce que beaucoup ont perçu — et c’est là l’essentiel — c’est une difficulté, chez certains acteurs (responsables, commentateurs, sphères militantes ou médiatiques), à accepter que le Maroc puisse organiser un tournoi continental avec éclat, sans chaos, sans improvisation, et avec une image globalement positive.
Dans ce genre de contexte, la réussite devient un affront symbolique. Et lorsqu’un succès est vécu comme un affront, la réaction n’est plus sportive : elle devient politique, émotionnelle, identitaire.
Algérie, Sénégal, Égypte : rivalités, susceptibilités et compétition d’influence
L’Algérie, d’abord, parce que la rivalité avec le Maroc dépasse depuis longtemps le terrain du football : elle touche à la narration, à l’image, au leadership régional. On ne “conteste” plus seulement un résultat ; on conteste une trajectoire.
Le Sénégal, parce que sa montée sportive et son statut de référence récente en Afrique créent mécaniquement une compétition symbolique avec le Maroc, surtout lorsqu’il s’agit de finales, d’arbitrage, de prestige et de reconnaissance.
L’Égypte, parce qu’elle représente historiquement une puissance footballistique et médiatique, habituée à peser dans l’imaginaire continental. Or, quand un autre pôle attire la lumière, cela réactive des réflexes : défendre son rang, sa place, son récit.
Encore une fois : cela ne signifie pas que “les pays” dans leur ensemble jalousent le Maroc. Mais il est difficile de nier que dans certaines sphères, le Maroc est devenu un objet de fixation : on l’applaudit parfois, on le critique souvent, on le scrute toujours.
L’Afrique du Sud et la CAN féminine : la polémique avant le ballon
Et voilà maintenant l’épisode sud-africain : une annonce hasardeuse sur un supposé retrait du Maroc de l’organisation de la CAN féminine 2026, suivie d’un démenti rapide par le ministre sud-africain lui-même. Le mal, pourtant, était déjà fait : le doute semé, la rumeur lancée, l’attention détournée.
Ce mécanisme est connu : créer une controverse avant même que l’événement ne commence, c’est installer l’idée que quelque chose “cloche”, même si rien n’est prouvé. Et quand l’instance qui devrait parler — la CAF — tarde à communiquer, la rumeur prospère. Résultat : l’image du tournoi est fragilisée, et le pays hôte doit se défendre… au lieu de préparer sereinement une compétition.
Le fond du problème : le déficit de maturité communicationnelle du football africain
Le football africain souffre d’un mal structurel : on investit dans les stades, mais pas assez dans la gouvernance de l’information. Or, à l’ère des réseaux sociaux, le récit est une partie du match. Celui qui impose sa version, même fausse, obtient un avantage psychologique.
C’est là que le Maroc doit être lucide : plus il réussit, plus il attire.
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Les partenaires, parce qu’ils y voient une opportunité.
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Les supporters, parce qu’ils y voient une fierté.
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Les rivaux, parce qu’ils y voient une menace.
La jalousie n’arrête pas une trajectoire
Le Maroc ne peut pas empêcher les crispations, ni contrôler les émotions des autres. Mais il peut faire deux choses essentielles : continuer à livrer des résultats, et maîtriser sa communication avec fermeté, calme et constance.
Car au fond, la meilleure réponse à la jalousie n’est pas la colère. C’est la continuité. Et la meilleure réponse aux polémiques n’est pas la surenchère. C’est la preuve.
Le Maroc est envié parce qu’il avance. Et sur un continent en pleine transformation, avancer, c’est forcément déranger.
Par Salma Semmar


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