Colère généralisée, grève et paralysie des salles d’audience dans les tribunaux : rien ne va plus entre les avocats et le ministère de la Justice. Le mouvement national, vent debout contre la réforme du métier d’avocat proposée par le ministre Abdellatif Ouahbi, illustre l’ampleur du fossé entre deux camps aux positions diamétralement opposées, chacun accusant l’autre d’avoir trahi le serment.
Inflexible et fidèle à son attitude jugée hautaine par ses détracteurs, le ministre voit pourtant s’amonceler des nuages menaçants au-dessus de son département. Droit dans ses bottes, il proclame haut et fort que, lui-même avocat de profession, il ne comprend pas l’opposition au projet de loi 66.23. Une posture qui alimente la crainte que le mouvement entamé ce 6 janvier ne débouche sur une crise durable et une paralysie prolongée de l’appareil judiciaire, à l’approche des élections de septembre.
Dans un tel contexte, la facture politique pourrait s’avérer lourde pour sa formation, le PAM, la colère populaire se traduisant souvent, sans détour, dans les urnes. Le risque est réel.
Grosso modo, si elle venait à être adoptée par le Parlement — ce qui est loin d’être acquis — cette réforme introduirait des changements que les barreaux du pays, soutenus par leurs homologues à l’étranger, considèrent comme de « graves atteintes à l’indépendance de la profession d’avocat et aux textes fondamentaux qui la régissent depuis toujours ».
Le point le plus sensible réside dans le choix du ministre de mener cette réforme, fidèle à son habitude, sans véritable concertation ni dialogue avec les principaux concernés, pourtant issus du même corps professionnel. Face à cette rigidité, les avocats ne parlent désormais plus que de rejet pur et simple du projet de loi et exigent son retrait du circuit législatif, au risque d’ouvrir une période de longs mois d’incertitude et de fortes tensions au sein des tribunaux du Royaume.
Par Jalil Nouri











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