Il aura fallu attendre Ramadan pour que l’on admette, implicitement, que l’heure que nous vivions depuis des mois n’était pas adaptée à notre réalité quotidienne. Ce dimanche, le Maroc a enfin reculé son horloge d’une heure. Une simple manipulation technique ? Non. Un soulagement collectif. Et surtout, une réparation tardive pour des milliers d’enfants.
Car pendant des semaines, nos écoliers ont vécu à contre-rythme. Levés alors que la nuit dominait encore le ciel, quittant leur maison dans l’obscurité glaciale, ces “petits poussins” marchaient vers l’école sous les lampadaires, les yeux à moitié ouverts, le corps encore prisonnier du sommeil. On leur demandait d’être attentifs, performants, disciplinés… alors que leur organisme criait fatigue.
Qui a sérieusement mesuré l’impact psychologique et physiologique de ces réveils nocturnes déguisés en matinée ? Qui a observé ces visages d’enfants perdus dans le noir, ces questions muettes qu’ils se posaient en silence : Pourquoi partons-nous alors qu’il fait encore nuit ? Pourquoi l’école commence-t-elle avant le soleil ?
L’argument économique a souvent été brandi pour justifier le maintien d’une heure avancée toute l’année. Mais à quel prix ? Peut-on sérieusement parler de productivité lorsque la fatigue s’installe dès les premières heures de la journée ? Peut-on évoquer la performance nationale en ignorant le bien-être des plus jeunes ?
Ramadan vient donc corriger, temporairement, une anomalie que beaucoup dénoncent depuis des années. Comme si, pendant un mois, l’on reconnaissait que la lumière naturelle compte. Comme si, pendant trente jours, on acceptait que l’horloge doive s’adapter à l’humain — et non l’inverse.
Mais alors, la vraie question dérange : si cette heure est bénéfique aujourd’hui, pourquoi ne le serait-elle pas en hiver ? Pourquoi faut-il attendre le mois sacré pour rétablir un rythme plus cohérent avec le lever du soleil ?
Ce changement ne devrait pas être perçu comme un simple ajustement saisonnier. Il est le révélateur d’un malaise plus profond : celui d’un pays qui a accepté trop longtemps que ses enfants commencent leur journée dans la nuit, au nom d’une logique dont les bénéfices restent discutables.
Ce lundi matin, les écoliers ont retrouvé le soleil et le sourire. Et peut-être aussi un peu de justice biologique. Reste à savoir si ce retour à la lumière sera durable…










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