Donald Trump est attendu ce mardi pour son discours annuel sur l’état de l’Union, grand-messe politico-institutionnelle au cours de laquelle le président présente sa feuille de route pour l’année à venir.
Et cette dernière s’annonce délicate.
Son deuxième discours sur l’état de l’Union, mardi 24 février, sera l’occasion pour le président américain de dresser le bilan de la première année chaotique de son second mandat et de régler ses comptes avec les juges de la Cour suprême qui ont osé juger « inconstitutionnelle » l’imposition aléatoire de tarifs douaniers.
Tout juste sorti de la crise de Minneapolis, avec en toile de fond l’affaire Epstein, Donald Trump doit désormais composer avec l’annulation d’une partie de ses droits de douane.
Pendant un an, il a gouverné sans entraves, mais mardi 24 février, c’est un Donald Trump assommé par la Cour suprême sur les droits de douane, critiqué sur l’immigration et menacé d’une sanction électorale à l’automne, qui s’adressera au Congrès.
Il y prononcera son premier « discours sur l’état de l’Union », un moment solennel de la vie américaine lors duquel le président est invité à s’exprimer sur son bilan et ses priorités devant les élus du Sénat et de la Chambre des représentants.
En mars 2025, le républicain de 79 ans avait déjà prononcé une allocution de politique générale au Capitole.
Encore auréolé de sa nette victoire à la présidentielle, fort d’une avalanche de décrets et de décisions spectaculaires, il avait promis que l’Amérique connaîtrait un « retour en force comme le monde n’en a jamais connu ».
Il est peu probable que le milliardaire se remette en question mardi, mais ses affirmations de puissance et de réussite n’auront plus l’effet paralysant qu’elles ont pu avoir sur l’opposition démocrate comme sur le monde entier.
Vendredi, la Cour suprême a fait vaciller le programme économique de Donald Trump et sa stratégie diplomatique en mettant à bas une bonne partie de ses droits de douane. Le même jour, le ministre du Commerce a fait état d’un ralentissement de l’économie américaine au dernier trimestre 2025.
Mécontentement croissant des Américains !
Tous les sondages font état d’un mécontentement croissant sur le coût de la vie et d’un rejet montant des méthodes brutales de la politique d’immigration (ICE).
Sa stratégie jusqu’ici : assurer que tout va pour le mieux. « J’ai gagné contre le coût de la vie », a asséné le dirigeant républicain jeudi soir en Géorgie (sud-est).
« Les gens savent ce qu’ils dépensent », rétorque Todd Belt, professeur de sciences politiques à l’université George Washington. Et les électeurs « deviennent très rancuniers lorsqu’on leur dit quelque chose qu’ils savent être faux », souligne-t-il, ce qui vaut, à l’entendre, pour l’inflation mais aussi pour les expulsions d’immigrés, beaucoup plus larges que les arrestations de dangereux criminels mises en avant par l’exécutif.
Le politologue affirme que c’est bien l’économie qui décidera de l’issue des « midterms » en novembre, qui renouvellent toute la Chambre des représentants et un tiers du Sénat.
L’autoritarisme affiché et revendiqué par l’administration Trump, ainsi que la brutalité inédite d’une diplomatie de cowboys, font trembler le monde et sont désormais dénoncés par le parti démocrate ainsi que par de très nombreux républicains.
La possibilité d’une intervention en Iran divise un Congrès américain marginalisé et, si Donald Trump perd le contrôle du Congrès, il a déjà prévenu que les démocrates lanceraient une procédure de destitution contre lui.
Jusqu’ici, le locataire de la Maison Blanche a avancé en véritable bulldozer, sans se soucier des protestations de l’opposition ni des réticences – discrètes – dans son propre camp.
Des reculades sur de nombreux sujets
Il a pourtant reculé récemment sur divers sujets.
Donald Trump a retiré de son compte Truth Social une vidéo raciste de Barack et Michelle Obama. Il a aussi mis fin à une opération massive de la police de l’immigration dans la ville de Minneapolis (nord).
Dans le premier cas, fait rarissime, même des sénateurs républicains ont critiqué cette publication – que la Maison Blanche a d’abord assumée avant de l’effacer, l’attribuant à « l’erreur » d’un mystérieux « employé ».
Dans le second cas, l’administration Trump a fait marche arrière après des semaines de manifestations, endeuillées par la mort de deux personnes tuées par des agents fédéraux.
La justice, elle, commence à peine à écluser les recours formés contre diverses décisions du président.
Un magistrat a, par exemple, temporairement bloqué les sanctions décidées par le Pentagone contre un sénateur démocrate, ancien militaire, qui avait provoqué l’ire de Donald Trump en suggérant aux soldats de « refuser les ordres illégaux ».
Un autre juge a cité la Bible – « Alors Jésus se mit à pleurer » – quand il a ordonné la remise en liberté d’un enfant de 5 ans envoyé avec son père dans un centre de rétention pour migrants.
Des droits de douane de 10 à 15 % !
Au niveau international, le président américain a abandonné ses menaces d’annexer le Groenland après avoir conclu un compromis aux termes encore flous pendant son passage au Forum de Davos.
Il pourrait essuyer d’autres revers sur l’économie, l’immigration et sur sa vaste entreprise de vengeance ou d’intimidation politique. Dans tous les cas, la Maison Blanche semble dans le déni, avec J. D. Vance qui dénonce une décision « illégale » de la Cour suprême sur les droits de douane.
Après la décision de la Cour suprême sur les droits de douane, le monde est à nouveau plongé dans l’incertitude, et la plupart des partenaires commerciaux des États-Unis ont réagi avec prudence après l’annulation des taxes douanières réciproques mises en place par Donald Trump.
Le Parlement européen, qui s’apprêtait à relancer le processus de validation de l’accord commercial passé entre l’UE et les États-Unis, l’a de nouveau mis sur pause. Et les Européens seraient désormais sur le point de suspendre définitivement les accords commerciaux USA-UE.
Et l’on peut se demander aujourd’hui, après le passage de l’ouragan Trump, si Européens et Américains sont toujours et encore des alliés.
Hafid Fassi Fihri
Avec AFP











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