La question mérite d’être posée : la cuisine marocaine, mondialement réputée, est-elle encore aussi saine qu’autrefois ? Pour y répondre, il faut d’abord comprendre ce que mangent réellement les Marocains aujourd’hui. Car si notre gastronomie est classée parmi les cinq meilleures au monde, réputée pour sa créativité et la diversité de ses ingrédients, beaucoup de citoyens ne mangent pas toujours à leur faim, et d’autres se tournent vers des produits de moins en moins frais.
Longtemps considérée comme un joyau culinaire, riche en saveurs et en équilibre, la cuisine marocaine suscite aujourd’hui des interrogations légitimes. Dans un monde où l’on alerte sur la nocivité de certains produits et où l’alimentation est étroitement liée à la santé, peut-on encore affirmer que nos plats traditionnels sont synonymes de bien-être ? Pour certains, la cuisine « de grand-mère » incarnait une alimentation naturelle et équilibrée ; pour d’autres, la modernité et l’industrialisation ont introduit des ingrédients suspects, moins authentiques, qui dénaturent le goût et posent des risques pour la santé.
Au-delà de son prestige et de sa diversité, la cuisine marocaine se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. L’irruption massive de la restauration rapide, l’industrialisation de certains produits et les modes de consommation modernes menacent l’équilibre nutritionnel qui faisait sa force. Trop de sucre dans les pâtisseries, excès de sel et d’huile dans les plats populaires, ou encore recours à des produits transformés fragilisent la santé publique, avec une montée inquiétante de l’obésité, du diabète et des maladies cardiovasculaires. Par ailleurs, les inégalités d’accès aux aliments de qualité s’accentuent : dans les villes, certains privilégient le bio ou les produits du terroir, tandis que d’autres, contraints par le pouvoir d’achat, se rabattent sur des denrées moins saines. À la campagne, l’autoconsommation permet encore de préserver l’esprit de la cuisine traditionnelle, mais la pauvreté limite la diversité. Face à ce constat, une prise de conscience collective s’impose : préserver la richesse culinaire marocaine ne suffit pas, il faut aussi la réinventer en tenant compte des défis de santé et de nutrition d’aujourd’hui.
La cuisine marocaine reste un patrimoine inestimable. Mais entre nostalgie du passé et défis du présent, une question persiste : la bonne cuisine d’antan est-elle en train de se perdre ou n’est-ce qu’une impression trompeuse ?
Par Salma Semmar
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