Des pluies diluviennes, des sols gorgés d’eau et des cultures qui étouffent : dans le Gharb et le Loukkos, deux locomotives de l’agriculture marocaine, les inondations font planer la menace d’un choc productif majeur. L’ampleur exacte des dégâts reste difficile à chiffrer tant que la décrue n’est pas totalement amorcée, mais les premiers signaux inquiètent déjà les professionnels.
Pour Abdelmoumen Guennouni, ingénieur agronome, l’excès d’eau tombé en un temps record a « naturellement décimé » une partie des céréales, particulièrement vulnérables à la stagnation. Le risque est connu : si l’eau s’installe, les plantes s’asphyxient et meurent. Les rafales de vent, elles, ont fragilisé les cultures sous serre, notamment dans la filière des fruits rouges.
Dans le bassin du Loukkos, le constat s’alourdit : plus de 20% des serres auraient été endommagées, tandis que 10 à 15% des exploitations seraient touchées par les crues. Problème supplémentaire, la pénurie de main-d’œuvre liée aux évacuations autour de Ksar El Kébir retarde les réparations et perturbe la récolte, compromettant l’offre destinée à l’export dans les semaines à venir.
Le Gharb, riche en ressources hydriques et en diversité de sols, paie aussi le prix fort. Guennouni alerte sur l’élevage : pertes possibles dans le cheptel, fourrages abîmés, stocks d’ensilage et de foin détériorés, et difficultés à s’approvisionner en aliments pour bétail. Sur le terrain, les opérations de désherbage et la préparation des sols pour les cultures printanières sont quasiment à l’arrêt.
Rachid Benali, président de la Comader, appelle à la prudence : tout dépendra de la durée des inondations et des surfaces réellement touchées. Mais cet épisode extrême remet au centre une urgence stratégique : les « autoroutes de l’eau », capables de limiter les effets des crues au Nord tout en soulageant des barrages déficitaires au Sud. Pour la souveraineté alimentaire, l’heure n’est plus au confort : elle est à la résilience.
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