Le football africain n’en finit plus de prolonger, hors du terrain, le tumulte de la finale de la CAN 2025. Samedi, au Stade de France, les Lions de la Téranga ont paradé avec le trophée continental avant leur match amical contre le Pérou, alors même que le jury d’appel de la CAF, le 17 mars 2026, a officiellement retiré au Sénégal son sacre pour attribuer la victoire au Maroc sur forfait.
L’image n’a rien d’anodin. Voir Kalidou Koulibaly porter la coupe, entouré de ses coéquipiers, sur fond de mini-concert de Youssou Ndour, ressemblait moins à une simple animation d’avant-match qu’à un acte de défi assumé. Car Dakar n’a jamais digéré la décision de la CAF, prise après la sortie temporaire des Sénégalais de la pelouse lors de la finale de Rabat, épisode que l’instance a finalement assimilé à un abandon de match au regard des articles 82 et 84.
Dès lors, une question s’impose : pourquoi venir avec ce trophée devant 70.000 spectateurs au Stade de France ? Est-ce une manière de refuser symboliquement le verdict de la CAF ? Ou bien une façon de dire, presque théâtralement, au revoir à une coupe que les Sénégalais considèrent toujours leur appartenir, mais qui, en droit sportif, est désormais censée revenir aux Lions de l’Atlas tant que le TAS n’a pas tranché ? Cette mise en scène ressemble en tout cas à un message politique, juridique et émotionnel adressé à l’Afrique du football.
En déposant malgré tout ce trophée dans la tribune officielle, le Sénégal a voulu montrer qu’il ne renonce ni à son récit, ni à son combat. Mais en exhibant une coupe que la CAF ne lui reconnaît plus, il alimente aussi un bras de fer qui dépasse le sport et donne à cette affaire des allures de feuilleton continental.
Au-delà de l’émotion, cette scène soulève une question délicate. En autorisant l’exposition d’un trophée dont l’attribution a été officiellement tranchée par la CAF, la France s’est retrouvée, malgré elle, au cœur d’un différend sportif sensible. Sans remettre en cause l’esprit festif, comment valider une telle mise en scène alors que cette coupe est censée revenir au Maroc ? Entre symbole et contestation, il appartient désormais aux instances de rétablir définitivement la clarté et l’équité.
Par Abdelrhni Bensaid












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