Avec chaque début de Ramadan, le même rituel semble se répéter sur les écrans des chaînes publiques marocaines Al Oula et 2M : une grille de programmes abondante en quantité, mais terriblement pauvre en inspiration. Dès les premiers jours de diffusion, les critiques du public fusent, dénonçant une qualité discutable, un recyclage des visages et une impression persistante de déjà-vu qui finit par installer une lassitude généralisée chez les téléspectateurs.
Certes, certains observateurs appellent à la prudence, estimant qu’il est prématuré de porter un jugement définitif sur des œuvres dès leur lancement. Mais au fil des années, un constat s’impose avec une régularité inquiétante : la structure même de la production télévisuelle publique n’évolue guère. Les mêmes sociétés de production monopolisent les marchés, les mêmes réalisateurs signent les projets, et surtout, les mêmes acteurs se retrouvent d’une saison à l’autre, enfermés dans des rôles stéréotypés.
Résultat : une programmation qui peine à surprendre. Les scénarios tournent autour de thématiques convenues, souvent abordées sans audace ni profondeur, tandis que l’humour proposé oscille entre caricature et facilité. L’absence d’un humour intelligent, capable de susciter réflexion et second degré, renforce le sentiment d’une télévision figée, incapable de capter les attentes d’un public de plus en plus exposé à des standards internationaux via les plateformes numériques.
Plus encore, cette stagnation semble liée à une organisation du secteur qui n’a pas connu de transformation majeure, que ce soit sur les plans technique, humain ou éditorial. Le renouvellement des talents, tant devant que derrière la caméra, demeure marginal, et les critères de sélection des projets continuent d’alimenter un cercle fermé où l’innovation trouve difficilement sa place.
À l’heure où chaque téléspectateur dispose désormais de multiples écrans et d’un accès immédiat à des contenus variés, la télévision publique apparaît en décalage avec les nouvelles pratiques de consommation médiatique. Le passage d’une vision collective à une consommation individuelle aurait pu être l’occasion d’un renouveau créatif ; il semble, pour l’instant, n’avoir fait que révéler les limites d’un système peu enclin à se réinventer.
Faute de créativité, de prise de risque et de diversité artistique, Al Oula et 2M donnent l’impression de proposer, année après année, une télévision qui se contente de remplir ses grilles plutôt que de stimuler l’imaginaire. Et si le temps reste, comme toujours, le meilleur juge, les premiers épisodes de cette saison ramadanesque ne laissent entrevoir qu’un horizon déjà trop familier.










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