Il est un phénomène réel qui a disparu du paysage durant le mois sacré comme durant les autres périodes de l’année : celui de la prostitution urbaine, qui se pratiquait autrefois à visage découvert, au beau milieu de la nuit et sous les réverbères des grandes artères.
Curieusement, pour un mois de piété et de recueillement, le phénomène de la prostitution sur la voie publique augmentait d’intensité, au vu du nombre important de filles attendant leurs clients, des files de voitures parfois luxueuses alignées pour les marchandages et des scènes de racolage qui se répétaient jour après jour. À la question de savoir pourquoi un tel commerce de la chair fleurissait pendant le mois sacré, la réponse, souvent avancée sans réel fondement scientifique, évoquait le besoin pressant, après la rupture du jeûne, de satisfaire de brusques pulsions libidinales, probablement en raison d’une alimentation plus riche et de certains ingrédients réputés aphrodisiaques, du moins selon les interprétations du commun des mortels.
Depuis plusieurs années, ces scènes ont quasiment disparu des espaces urbains après une lutte sans merci contre les lieux réputés être des foyers de maladies et d’agressions en tous genres. De quoi se demander où sont passés ces clients d’hier et quelles alternatives ont-ils trouvées pour apaiser leurs envies après une journée de jeûne, au moment où la majorité des hommes remplissent les mosquées et leurs environs.
Hier encore, certains préféraient pourtant arpenter les boulevards, attirés par des silhouettes aguichantes et lourdement maquillées, dans des scènes et des images qui intriguaient et marquaient durablement les esprits.
Par Jalil Nouri


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