Une petite phrase peut parfois faire plus de dégâts qu’un mauvais bilan. Cette semaine, des propos attribués au ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, ont mis le feu aux réseaux sociaux, en particulier au sein de la diaspora marocaine. En s’adressant à des alumni d’écoles d’ingénieurs et d’enseignement supérieur, le ministre a voulu « recadrer » une idée : le retour au pays ne serait pas un “cadeau”. Mais la forme, elle, a explosé le fond.
Car dans l’extrait viral, le ton se durcit jusqu’à une formule perçue comme une gifle : « Reste là-bas ! » . Pour beaucoup de Marocains de l’étranger, ce n’est plus un message de responsabilisation : c’est une disqualification, une manière de dire—en version brutale, presque en “bza3ta”—que leur présence, leurs attentes, ou même leur attachement n’auraient pas droit de cité.
Or, les Marocains du monde ne se résument pas à un chèque. Oui, leur contribution financière est massive : les transferts ont atteint 122,02 milliards de dirhams en 2025, selon des données de l’Office des changes relayées par la presse économique. Mais leur impact est aussi économique, social, diplomatique, sportif et scientifique. L’État lui-même met en avant la mobilisation des compétences de la diaspora à travers des dispositifs dédiés. Et les institutions rappellent l’ampleur de cette communauté, évaluée à environ 5 millions de personnes.
D’où la colère : à quoi bon appeler à l’investissement, à l’expertise, au “brain gain”, si le discours public bascule dans l’injonction sèche ? Un internaute résume l’esprit général : « Il y a mille et une façons de s’exprimer ! Un Marocain d’ici ou d’ailleurs a toujours de la valeur ajoutée… » Une autre réaction, dans le même ton, pourrait se lire ainsi : « On ne demande pas des cadeaux, on demande du respect : nos compétences, notre réseau et notre image à l’international comptent autant que nos transferts. »
La polémique révèle surtout une exigence simple : on peut inviter la diaspora à contribuer sans la rabaisser. À ce niveau de responsabilité, les mots ne sont jamais “ordinaires”. Ils engagent l’État, et ils engagent la nation.










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