Une fois n’est pas coutume dans les foyers marocains, la rupture du jeûne du Ramadan ne s’effectue plus sur fond d’images abrutissantes de caméras cachées, de sitcoms indigestes ou d’autres programmes tout aussi aliénants, mais plutôt au rythme de la couverture omniprésente, en direct 24 heures sur 24, de la guerre dans un Moyen-Orient à feu et à sang.
Certes, les études d’audience, souvent trop complaisantes, attesteront du contraire. Mais il est des indicateurs qui ne trompent pas. Partout autour des tables familiales, les discussions ne portent désormais que sur les conséquences de la guerre, tant sur le plan humain qu’économique. Les regards sont tournés vers un avenir qui s’annonce lourdement perturbé par la cherté de la vie et par les difficultés redoutées dans l’approvisionnement en produits de grande consommation et en carburants.
Même la traditionnelle musique andalouse, qui accompagne habituellement une digestion paisible après la rupture du jeûne, ne trouve plus vraiment d’oreilles attentives. Sitôt le repas terminé, les smartphones prennent le relais pour une consommation plus directe d’images et d’informations sur le conflit en cours. Il y a en effet bien longtemps que les Marocains préfèrent s’informer auprès de grandes chaînes internationales plutôt que de se tourner vers les programmes nationaux.
Si l’on ne regarde plus ni films, ni sitcoms, ni programmes insipides, ni même les journaux télévisés, quelle peut encore être l’utilité d’un tel audiovisuel public ?
Une fois de plus, le débat sur la raison d’être des télévisions publiques refait surface, comme à chaque Ramadan. Avec cette seule certitude : attendre le prochain mois sacré pour reposer la même question. Quand les Marocains regarderont-ils à nouveau leurs télévisions nationales au lieu de migrer vers des chaînes étrangères jugées bien plus crédibles, fidélisantes et intéressantes ?
Par Jalil Nouri










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