Le Maroc a officiellement annoncé, lundi soir, avoir accepté de rejoindre, en tant que « membre fondateur », le Conseil de la paix voulu par le président américain Donald Trump. Une initiative présentée par Washington comme un nouvel outil de résolution des conflits.
Parallèlement à l’annonce marocaine, plusieurs pays ont été invités par Donald Trump à rejoindre ce Conseil de la paix, dessinant une cartographie diplomatique volontairement large et hétérogène. Parmi les États officiellement sollicités figurent la Jordanie, le Pakistan, Bahreïn, l’Égypte, la Turquie, l’Inde, la Grèce et l’Argentine, tandis que la Hongrie, suivie du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan, a rapidement accepté l’invitation américaine. La Russie a, pour sa part, indiqué qu’elle étudiait la proposition par les canaux diplomatiques, sans se prononcer à ce stade. À l’inverse, plusieurs puissances occidentales affichent leur prudence : la France n’envisage pas, pour l’heure, d’adhérer à ce mécanisme, invoquant le respect des principes et de l’architecture des Nations Unies, tandis que le Canada a clairement indiqué qu’il ne participerait pas à un système conditionnant un siège permanent à une contribution financière.
Un organe né de Gaza… puis élargi au monde
À l’origine, ce Conseil (souvent appelé aussi « Board of Peace » dans la presse anglophone) est lié au plan de cessez-le-feu et de stabilisation de Gaza et à son cadre international. Une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU datée du 17 novembre 2025 a accueilli ce dispositif et l’a inscrit dans le mécanisme de suivi du plan.
Mais depuis, la Maison-Blanche pousse une extension ambitieuse : le Conseil ne se limiterait plus à Gaza, et se verrait confier une vocation plus large de « stabilité mondiale », selon le projet de charte relayé par plusieurs médias.
Une mécanique “sur-mesure” pour Trump
C’est ici que les zones d’ombre se multiplient. D’après les éléments rapportés, Donald Trump présiderait le Conseil et disposerait d’un rôle déterminant dans la sélection des États invités et dans la validation finale des décisions, même si celles-ci seraient votées à la majorité.
Autre point hautement controversé : la possibilité d’obtenir un siège permanent en versant 1 milliard de dollars la première année, une disposition qui alimente l’accusation d’un système « pay-to-stay ».
Ces éléments nourrissent, chez plusieurs capitales, la crainte d’un précédent : un organe parallèle qui emprunte au vocabulaire onusien, mais s’affranchit de ses garde-fous (principe d’égalité souveraine, architecture juridique, mécanismes de veto/équilibre). Le Monde rapporte une réception globalement froide et des critiques sur une initiative perçue comme une tentative de court-circuiter l’ONU.
Le Maroc, calcul diplomatique et “place à la table”
Côté marocain, l’acceptation du Roi Mohammed VI est présentée comme un choix stratégique : si le Conseil devient une plateforme d’influence, Rabat ne veut pas rester à l’extérieur. Plusieurs analyses notent que le Maroc peut y voir un levier supplémentaire pour faire valoir ses priorités diplomatiques (stabilité régionale, coopération sécuritaire, et, plus largement, ses positions sur les dossiers internationaux), tout en capitalisant sur l’image d’un pays “facilitateur” et engagé dans les solutions politiques.
Les “points mystérieux” qui restent sans réponse
Malgré la communication, plusieurs questions structurantes demeurent floues — et elles expliqueront, en grande partie, si ce Conseil devient un outil opérationnel ou une vitrine politique :
-
Statut juridique exact : organe adossé à l’ONU (et donc encadré), ou structure autonome inspirée de l’ONU ?
-
Capacité d’exécution : quelles forces, quels moyens, quelles garanties sur le terrain, au-delà des déclarations ?
-
Gouvernance et impartialité : comment éviter que la présidence et la sélection des membres ne transforment le Conseil en instrument d’alignements politiques ?
-
Financement : à quoi sert exactement la clause du milliard de dollars et que finance-t-elle (opérations, reconstruction, administration, sécurité) ?
-
Calendrier et périmètre : une cérémonie/rencontre de lancement est évoquée (notamment à Davos selon certaines sources), mais l’adhésion réelle des grandes puissances reste incertaine.
En clair, le Conseil de la paix de Trump est peut-être en train de naître… mais son autorité, sa légitimité et sa durabilité dépendront d’une équation simple : convaincre que ce nouvel instrument complète l’ONU au lieu de la contourner et qu’il sert la paix plus qu’il ne sert une présidence.*
.


Contactez Nous