Depuis Washington, Donald Trump se présente désormais comme un « faiseur de paix » capable de recoller les morceaux entre Rabat et Alger. La promesse n’est pas nouvelle : dès l’automne 2025, son envoyé Steve Witkoff assurait travailler à un « deal » Maroc–Algérie « dans les 60 jours », un calendrier jugé irréaliste par plusieurs analystes tant la crise est structurelle.
Sur le papier, l’argument américain tient en trois leviers. D’abord, la capacité de pression : coopération sécuritaire, dossiers énergétiques, accès aux marchés et aux équipements, autant de cartes dont les États-Unis peuvent jouer, surtout si l’objectif est une désescalade régionale au Maghreb. Ensuite, la méthode : Washington a tenté de remettre tout le monde autour de la table sur le dossier du Sahara, en organisant des discussions à Madrid avec un émissaire de Trump, signe d’une diplomatie plus intrusive que par le passé. Enfin, la mise en scène : l’administration Trump s’est dotée d’une architecture politique plus large — sa « Board of Peace » — qui vise à donner une image d’hyper-médiation tous azimuts.
Mais la réalité maghrébine résiste aux effets d’annonce. La rupture diplomatique (août 2021) s’enracine dans une défiance profonde, dominée par la question du Sahara et par des logiques de rivalité stratégique. Même des commentateurs favorables à une initiative américaine rappellent qu’un « accord de paix » est une formule floue : les deux pays ne sont pas en guerre ouverte, et la normalisation passerait plutôt par des gestes graduels (réactivation des canaux diplomatiques, sécurité aux frontières, coopération consulaire, puis dossier frontalier).
La vraie question n’est donc pas “Trump peut-il réconcilier le Maroc et l’Algérie ?”, mais “peut-il obtenir un début de détente vérifiable ?”. Un succès crédible se mesurerait à des signaux concrets : reprise du dialogue officiel, mécanisme antitensions, et, à terme, mesures sur la frontière fermée. Sans cela, la “paix” restera un slogan de plus dans une région où l’histoire, la souveraineté et l’opinion publique pèsent plus lourd que les ultimatums.
Dès lors, la question n’est plus celle de la reconnaissance internationale, désormais inscrite dans le cadre onusien du 31 octobre 2025, mais celle de la traduction politique régionale de cette réalité. Une paix durable entre Rabat et Alger supposerait d’abord que l’Algérie accepte de s’inscrire dans cette dynamique internationale et de privilégier une approche pragmatique plutôt qu’idéologique. Sans ce verrou levé, aucun agenda bilatéral ne tiendra. Ensuite, Rabat devrait proposer un paquet de confiance : garanties de non-hostilité, coopération sécuritaire ciblée contre les trafics et le terrorisme au Sahel, et gestes humanitaires (familles séparées, visas, étudiants). De son côté, Alger aurait à gagner à sortir d’une logique de “dossier unique” et à accepter une désescalade progressive : réouverture graduelle des canaux diplomatiques, mécanisme permanent de gestion de crise, et pas-à-pas sur la frontière. Enfin, il faut une médiation sobre, loin des slogans : calendrier réaliste, engagements écrits, et résultats vérifiables. La paix ne se décrète pas ; elle se construit par étapes, avec des intérêts partagés et une volonté politique assumée.
L’enjeu dépasse les déclarations d’intention et les effets d’annonce. Ce qui comptera, ce seront des avancées tangibles : rétablissement du dialogue officiel, mécanismes de confiance durables, coopération sécuritaire renforcée et désescalade progressive autour du Sahara. Si Donald Trump réussit là où tant d’initiatives ont échoué, en rapprochant durablement Rabat et Alger et en refermant une fracture qui freine tout le Maghreb depuis des décennies, il marquerait l’histoire diplomatique contemporaine. Dans un tel scénario, évoquer le Nobel de la paix ne relèverait plus du symbole, mais d’une reconnaissance pleinement méritée.










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